Le président de SAS est assimilé salarié : il relève du régime général de la Sécurité sociale, cotise à la maladie, à la retraite et à la prévoyance, mais ne bénéficie pas de l’assurance chômage. Ses charges sociales représentent environ 80 % de sa rémunération nette (soit un coût employeur de ~180 % du net), contre ~45 % pour un gérant majoritaire de SARL au régime TNS. Et si le président ne se verse aucune rémunération, il ne paye aucune cotisation.
Dans mon accompagnement à la création de SAS, c’est la question qui revient le plus souvent : « Qu’est-ce que ça va me coûter en charges si je me verse un salaire ? ». La réponse dépend de votre situation personnelle, de votre prévisionnel de rémunération, et de la façon dont vous comptez piloter votre revenu (salaire seul, dividendes, mix). Voici les règles telles qu’elles s’appliquent en 2026, sans simplification excessive.
L’assimilé salarié : de quoi parle-t-on exactement ?
Le statut d’assimilé salarié signifie que le président de SAS est intégré au régime général de la Sécurité sociale, comme un salarié classique, mais sans être lié à la société par un contrat de travail. C’est un mandat social, pas un contrat de travail.
Ce statut est prévu par l’article L311-3, 23° du Code de la sécurité sociale (legifrance.gouv.fr), qui liste explicitement “les présidents et dirigeants des sociétés par actions simplifiées et des sociétés d’exercice libéral par actions simplifiées” parmi les personnes soumises à l’obligation d’affiliation au régime général.
Concrètement, cela veut dire :
- La SAS verse des cotisations patronales (part employeur) et salariales (part employé) sur la rémunération du président.
- Le président est couvert pour la maladie-maternité, la retraite de base et complémentaire, la prévoyance (invalidité-décès), les accidents du travail (via une cotisation spécifique).
- Il n’est pas couvert par l’assurance chômage France Travail (ex-Pôle Emploi).
La distinction entre assimilé salarié et salarié classique est fondamentale : le président de SAS NE PEUT PAS cumuler son mandat social avec un contrat de travail dans la même société, sauf s’il exerce des fonctions distinctes et techniques, en état de subordination réelle vis-à-vis de la société. Dans la pratique, ce cumul est quasi-impossible en SASU (associé unique) et très encadré en SAS pluripersonnelle. Ne cherchez pas à « sécuriser » votre situation en rédigeant un contrat de travail fictif : les Urssaf et les juges y sont très attentifs.
Ce que couvre vraiment la protection sociale du président de SAS
La couverture sociale d’un assimilé salarié est complète, à l’exception de l’assurance chômage. Voici ce que vous touchez en pratique en 2026.
Maladie et maternité
Le président de SAS a droit aux indemnités journalières (IJ) en cas d’arrêt maladie dès lors qu’il perçoit une rémunération soumise à cotisations. Le plafond de rémunération pris en compte est le plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS) fixé à 4 005 € par mois en 2026 (voir urssaf.fr). Le délai de carence est de 3 jours en cas d’hospitalisation, 7 jours pour un arrêt maladie ordinaire.
Pour la maternité ou l’adoption, les droits sont identiques à ceux d’une salariée classique, sous réserve d’avoir cotisé suffisamment.
Retraite de base et complémentaire
Les cotisations retraite sont calculées sur la rémunération brute dans les mêmes conditions qu’un salarié, dans la limite du PASS (48 060 € en 2026) pour la retraite de base. La retraite de base est gérée par la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse), la retraite complémentaire par l’Agirc-Arrco. Un président de SAS qui se verse un salaire valide des trimestres de retraite à la même vitesse qu’un salarié classique. C’est un avantage concret par rapport au gérant majoritaire de SARL, dont la retraite TNS est souvent inférieure à revenus équivalents.
Prévoyance (invalidité-décès)
Le régime général couvre l’invalidité de 1er, 2e et 3e catégorie et verse un capital décès aux ayants droit. La pension d’invalidité est calculée sur le salaire moyen des 10 meilleures années. La couverture de base reste modeste : la plupart des présidents de SAS souscrivent une prévoyance complémentaire (contrat Madelin assimilé ou contrat collectif) pour se couvrir davantage.
Ce qui n’est pas couvert : l’assurance chômage
C’est le point le plus souvent mal compris. Le président de SAS n’a pas droit aux allocations France Travail en cas de cessation de son mandat. Ni via une démission, ni via une révocation. La raison : il n’est pas salarié au sens du droit du travail, donc la convention Unédic ne s’applique pas à lui.
Il existe une assurance chômage privée pour les dirigeants, commercialisée par des assureurs spécialisés (type GSC, April, Gan). Elle est payante (~2 à 4 % du revenu), soumise à conditions d’ancienneté et à des délais de carence élevés (souvent 12 mois). Ce n’est pas un droit automatique : c’est un produit d’assurance facultatif que vous souscrivez en tant que personne. Dans mon accompagnement, j’en parle systématiquement aux clients qui quittent un poste salarié, parce que perdre ses droits chômage est souvent sous-estimé.
Le coût réel : combien coûtent les charges d’un président de SAS ?
C’est ici que beaucoup de créateurs de SAS ont une mauvaise surprise. Le statut assimilé salarié est socialement protecteur, mais il est cher.
Pour comprendre ce chiffre, il faut distinguer deux niveaux de cotisations.
Part salariale (déduite du brut)
Les cotisations salariales représentent environ 22 à 23 % du brut. Elles incluent la retraite de base, la retraite complémentaire Agirc-Arrco, la CSG/CRDS (9,2 % sur le brut), la prévoyance.
Un salaire brut de 5 000 € donne un net salarial d’environ 3 850 € à 3 950 € (selon les taux de prévoyance et de mutuelle). Le « net » est donc environ 77-79 % du brut.
Part patronale (à la charge de la SAS)
Les cotisations patronales s’élèvent à environ 42 à 45 % du salaire brut pour un président. Elles incluent la maladie, la retraite complémentaire employeur, les accidents du travail, la formation professionnelle, etc.
Au total, pour verser 3 900 € net au président, la SAS débourse environ 7 000 € au total (5 000 € brut + ~2 000 € de charges patronales). Les charges sociales totales (part salariée + part employeur) représentent donc environ 80 % du net versé.
Comparaison président SAS (assimilé salarié) vs gérant majoritaire SARL (TNS) en 2026
| Critère | Président de SAS | Gérant majoritaire SARL |
|---|---|---|
| Régime social | Régime général (assimilé salarié) | Sécurité sociale des indépendants (TNS) |
| Taux de charges / net | ~80 % | ~45 % |
| Coût pour 3 900 € net | ~7 000 € (brut + patronal) | ~5 700 € (3 900 × 1,45) |
| Maladie-IJ | Oui, dès 7 jours de carence | Oui, mais à partir de 3 jours (hors régime de base) |
| Retraite de base | CNAV (régime général) | SSI (régime indépendants) |
| Retraite complémentaire | Agirc-Arrco | Retraite complémentaire indépendants |
| Assurance chômage | Non (mandat social) | Non |
| Cotisations si pas de rémunération | 0 € | Cotisations minimales (~1 100 €/an) |
| Régularisation charges | Non (calculées sur brut réel) | Oui (sur revenus N-2, régularisée en N+1) |
Le dernier point du tableau mérite d’être souligné : un gérant majoritaire de SARL qui ne se verse aucune rémunération paye quand même environ 1 100 € de cotisations minimales par an à la SSI. Le président de SAS sans rémunération, lui, ne paye zéro cotisation. C’est un avantage concret en phase de démarrage.
Zéro rémunération = zéro cotisation : le cas du président non rémunéré
C’est l’une des spécificités les plus intéressantes du statut assimilé salarié. Quand le président de SAS décide de ne pas se verser de rémunération (pendant la phase de lancement, ou parce qu’il tire ses revenus des dividendes), la SAS ne paye aucune cotisation sociale sur son mandat.
Le pendant de cet avantage, c’est qu’un président non rémunéré n’accumule pas de droits sociaux : pas de trimestres de retraite validés, pas de droits aux indemnités journalières maladie.
Le mois dernier, j’accompagnais un client qui revenait d’une période de deux ans sans rémunération dans sa SAS, vivant sur ses dividendes. Il découvrait avec surprise qu’il n’avait validé aucun trimestre de retraite sur la période. La stratégie dividendes pur peut sembler optimale à court terme, mais elle a un coût différé sur la retraite.
Si vous choisissez de vous verser une rémunération faible (par exemple 1 000 à 1 500 €/mois) pour valider vos trimestres de retraite tout en limitant les charges, c’est une stratégie raisonnable. En dessous de 150 heures SMIC/trimestre, vous ne validez pas de trimestre retraite. En 2026, le SMIC horaire brut est de 12,31 € depuis le 1er juin 2026 (arrêté du 22 mai 2026), soit un seuil de validation d’environ 1 847 € par trimestre (= 4 trimestres validés dès ~620 €/mois de salaire brut). Voir service-public.fr pour les règles de validation des trimestres.
Les dividendes du président de SAS : pas de cotisations sociales
C’est l’autre face du statut assimilé salarié, souvent présentée comme son avantage principal : les dividendes versés au président de SAS ne sont pas soumis aux cotisations sociales.
Un président de SAS qui se verse 30 000 € de dividendes en fin d’exercice ne paye que la flat tax (PFU) à 30 % (17,2 % de prélèvements sociaux + 12,8 % d’impôt sur le revenu), soit 9 000 € de prélèvements au total. Aucune cotisation Urssaf, aucune cotisation Agirc-Arrco.
C’est fondamentalement différent du gérant majoritaire de SARL. Comme je l’explique dans mon comparatif cotisations sociales du gérant de SARL non rémunéré, la partie des dividendes de SARL qui dépasse 10 % du capital social est réintégrée dans l’assiette TNS et génère des cotisations supplémentaires pouvant atteindre 45 % supplémentaires.
Pour un gérant majoritaire de SARL avec un capital de 5 000 €, dès que les dividendes dépassent 500 €/an, la fraction excédentaire est soumise aux cotisations TNS. En SAS ou SASU, ce mécanisme n’existe pas : tous les dividendes sont à la flat tax, quelle que soit la taille du capital.
Ce point est développé plus en détail dans mon article sur la rémunération du président de SASU : les chiffres s’appliquent à la même logique pour un président de SAS pluripersonnelle.
Quelle stratégie de rémunération adopter en SAS ?
Il n’existe pas de réponse universelle. Voici les trois configurations les plus fréquentes que je rencontre dans mon accompagnement.
Mix salaire faible + dividendes élevés
C’est la stratégie la plus populaire chez les créateurs qui prévoient des bénéfices importants dès la première année. Le principe : se verser un salaire minimal (1 500 à 2 000 € net/mois) pour valider les trimestres de retraite et couvrir l’essentiel des besoins, puis distribuer le surplus en dividendes taxés à la flat tax.
L’arbitrage tient à la tranche marginale d’imposition (TMI) de l’associé. Si vous êtes en TMI 30 %, la flat tax à 30 % est neutre : vous pouvez opter pour le barème progressif si votre TMI réelle est inférieure. Si vous êtes en TMI 41 % ou 45 %, la flat tax à 30 % est toujours avantageuse.
J’accompagnais récemment un consultant IT en SASU, TMI 41 %, qui hésitait entre augmenter son salaire ou verser des dividendes. Sur 20 000 € supplémentaires à distribuer : en salaire brut, la SAS déboursait ~36 000 € (charges patronales incluses) pour 20 000 € net. En dividendes, la SAS versait 20 000 € et le président payait 6 000 € de PFU. L’économie nette : ~10 000 €. C’est pourquoi la combinaison salaire + dividendes est souvent optimale.
Rémunération nulle, dividendes seuls
Cohérent si vous avez d’autres sources de revenus (salaire de conjoint, retraite, loyers) et souhaitez minimiser les prélèvements. Inconvénient : aucune protection sociale propre, aucun trimestre retraite, et en cas d’arrêt maladie, pas d’indemnités journalières. À peser sérieusement sur la durée.
Salaire élevé, dividendes faibles ou nuls
Stratégie choisie par les dirigeants qui préfèrent maximiser leur protection sociale (retraite future, IJ élevées) et dont la SAS réinvestit l’essentiel de ses bénéfices. Les charges sont élevées, mais le pilotage est simple : une ligne de rémunération, pas de décision annuelle d’AG sur la distribution.
Pour aller plus loin sur les comparatifs de statut, mon article SASU ou SARL : comparatif complet et le comparatif SAS vs SARL détaillent les scénarios selon votre profil.
Assimilé salarié en SAS vs gérant de SARL : le tableau de décision
La question revient systématiquement quand mes clients hésitent entre création SAS et SARL. Voici ma grille de décision simplifiée.
Choisir la SAS (assimilé salarié) si :
- Vous prévoyez des dividendes importants (pas de cotisations sur dividendes en SAS).
- Vous préférez une protection sociale proche du salariat (maladie, retraite CNAV, Agirc-Arrco).
- Vous êtes en phase de démarrage sans rémunération certaine (zéro cotisation si pas de salaire).
- Vous envisagez d’avoir plusieurs associés ou des investisseurs (flexibilité des statuts SAS).
Choisir la SARL (gérant TNS) si :
- Votre rémunération sera régulière et significative (les cotisations TNS à 45 % coûtent moins que l’assimilé salarié à 80 %).
- Vous n’avez pas ou peu de dividendes à distribuer.
- Vous souhaitez un statut conjoint collaborateur facilement (plus encadré en SARL).
- Vous cherchez les charges sociales les plus basses sur la rémunération.
La réalité, c’est que pour une rémunération de 3 000 € net, un gérant majoritaire SARL va payer environ 1 350 € de cotisations TNS. Un président de SAS va coûter à sa société environ 2 400 € (charges patronales incluses). L’écart se creuse à mesure que la rémunération monte, mais s’inverse si vous comptez les dividendes dans l’équation.
Le statut assimilé salarié est rarement “plus cher” en vision globale quand on intègre les dividendes. Ce qui compte, c’est le coût total de la rémunération dirigeant, pas juste le taux de cotisations sur le salaire. Sur un revenu global de 80 000 € (salaire + dividendes), la SAS est souvent moins coûteuse que la SARL majorité, à rémunération nette identique.
Pour creuser la comparaison sur les statuts SAS / SARL et la structure des statuts, mon article sur les statuts de SAS et celui sur la responsabilité du dirigeant complètent utilement ce panorama.
Questions fréquentes
Le président de SAS peut-il être indemnisé par Pôle Emploi s’il est révoqué ?
Non. La révocation du mandat social ne donne aucun droit aux allocations France Travail (ex-Pôle Emploi). Le président de SAS n’est pas salarié au sens de l’Unédic. La seule exception possible : s’il dispose d’un contrat de travail distinct de son mandat social (fonctions techniques, lien de subordination réel), il peut percevoir des ARE au titre de ce contrat uniquement, pas au titre de la révocation. Pour se couvrir contre ce risque, la solution est une assurance chômage privée pour dirigeants.
Les cotisations sont-elles calculées sur le brut ou le net ?
Sur le brut. La SAS calcule et verse les cotisations patronales sur le salaire brut du président. Le président voit déduire les cotisations salariales de son brut pour obtenir son net à payer. Il n’y a pas de régularisation annuelle comme pour les TNS : les charges sont dues mois par mois au moment du versement de la paie. C’est d’ailleurs plus simple en trésorerie : vous savez exactement ce que vous payez chaque mois, sans surprise de régularisation de l’Urssaf en N+2.
Un président de SAS peut-il souscrire un contrat Madelin pour la retraite ?
Non, pas sous la forme classique. Les contrats Madelin sont réservés aux travailleurs non salariés. Un président de SAS assimilé salarié peut en revanche alimenter un Plan d’Épargne Retraite (PER) individuel, qui offre une déduction fiscale sur le revenu imposable. La limite de déduction est de 10 % des revenus professionnels nets N-1 (ou 10 % de 8 PASS, soit environ 38 448 € en 2026, PASS 2026 = 48 060 €). Voir impots.gouv.fr pour les règles.
Que se passe-t-il si le président de SAS est également salarié dans une autre entreprise ?
Ses deux activités sont dans le même régime général, ce qui simplifie la gestion. Les cotisations se cumulent, mais le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS = 48 060 € en 2026) s’applique sur l’ensemble des revenus. Pour la retraite, les trimestres validés et les points Agirc-Arrco se cumulent entre les deux employeurs. Pour la retraite complémentaire, le plafond de cotisation s’applique sur l’ensemble des rémunérations cumulées. Cette configuration “salarié + président de SAS” est fréquente dans les projets de création lancés en parallèle d’une activité salariée.
Le président associé unique de SASU a-t-il le même statut social que le président d’une SAS à plusieurs associés ?
Oui, exactement le même. Le statut d’assimilé salarié prévu à l’article L311-3, 23° du CSS s’applique aux présidents de SAS quelle que soit la composition de l’actionnariat : SASU (un seul associé) ou SAS pluripersonnelle. La règle est identique. Ce que vous lisez dans cet article s’applique donc aussi bien au créateur de SASU qu’au président d’une SAS à 5 associés.
Mon conseil final
Le statut d’assimilé salarié du président de SAS est souvent présenté comme une contrainte (les charges sont élevées), mais c’est un régime cohérent si vous pilotez bien votre rémunération. La vraie question n’est pas « combien ça coûte en charges sur mon salaire » mais « quel est le coût total pour me verser 50 000 € nets par an, entre salaire et dividendes ? ». À cette question, la SAS est très souvent compétitive face à la SARL.
Ce que je vois dans mon accompagnement, c’est que les créateurs qui optent pour la SAS par défaut, sans avoir réfléchi à leur stratégie de rémunération, se retrouvent parfois à payer plus que nécessaire, non pas à cause du statut, mais parce qu’ils n’ont pas anticipé l’arbitrage salaire/dividendes.
Avant de choisir votre statut, posez-vous deux questions : quel est votre niveau de rémunération prévisible les 3 prochaines années ? Et quelle part de vos revenus vous voulez protéger avec des droits sociaux forts ? Les réponses orientent naturellement vers la SAS ou la SARL. Contactez-moi directement si vous voulez qu’on regarde votre situation ensemble.