Par défaut, une EURL dont l’associé unique est une personne physique est soumise à l’impôt sur le revenu (IR) : les bénéfices remontent directement dans votre déclaration personnelle, catégorie BIC ou BNC selon votre activité. Vous pouvez opter pour l’impôt sur les sociétés (IS), mais cette option devient irrévocable après les 5 premiers exercices. C’est l’un des arbitrages les plus structurants que vous ferez à la création.
Dans mon accompagnement, la question revient à chaque dossier EURL. Et la bonne réponse n’est jamais la même : elle dépend de votre bénéfice prévisionnel, de vos autres revenus, de votre projet de rémunération, et de votre horizon de développement. Voici les éléments pour trancher, avec des chiffres concrets, sans jargon.
Ce que dit la loi : deux régimes, une option
Le régime IR par défaut de l’EURL est fixé à l’article 8-4° du Code général des impôts (legifrance.gouv.fr) : l’associé unique personne physique est personnellement soumis à l’impôt sur le revenu pour la quote-part des bénéfices de sa société, sans imposition au niveau de la société elle-même. On parle de transparence fiscale.
L’option pour l’IS est prévue à l’article 206-3-e du CGI (legifrance.gouv.fr), et ses modalités sont détaillées à l’article 239 du CGI (legifrance.gouv.fr). Elle s’exerce avant la fin du troisième mois de l’exercice au titre duquel vous souhaitez être soumis pour la première fois à l’IS. En pratique, si vous créez votre EURL en juin 2026 et voulez l’IS dès le premier exercice, vous devez notifier l’option à l’administration fiscale avant fin septembre 2026.
L’option IS d’une EURL peut être renoncée avant la fin du mois précédant la date limite de versement du premier acompte IS du 5e exercice. Après ce délai, elle devient définitivement irrévocable. Concrètement : si vous optez en 2026, vous avez jusqu’en 2031 pour revenir à l’IR, si vous le souhaitez. Après, il n’y a plus de retour en arrière possible. Source : article 239 CGI.
IR : comment ça fonctionne concrètement
Sous le régime IR, votre EURL est fiscalement transparente. Imaginez une paroi de verre entre la société et vous : les bénéfices traversent directement vers votre feuille d’impôts personnelle.
Vous ne vous versez pas de salaire déductible. Votre rémunération est assimilée à des bénéfices professionnels, catégorie BIC (commerce, artisanat, industrie) ou BNC (profession libérale). Ces bénéfices sont soumis à votre taux marginal d’imposition (TMI) du barème progressif : 0 %, 11 %, 30 %, 41 % ou 45 % selon votre revenu global.
Ce qui change par rapport à l’IS : vous n’avez aucune distinction entre rémunération et bénéfice. Tout le bénéfice de votre EURL est imposé, que vous vous le versiez ou non. Si votre EURL fait 60 000 € de bénéfice et que vous ne vous versez rien cette année, vous êtes quand même taxé sur 60 000 € à l’IR.
Mais cette transparence a un avantage fort : les déficits sont imputables sur le revenu global de votre foyer fiscal. Si votre EURL perd 15 000 € en année 1 (investissement initial, sous-activité le temps de démarrer), ces 15 000 € viennent réduire votre assiette d’imposition globale. Votre conjoint(e) gagne 45 000 € par an ? Vous serez imposé sur 45 000 - 15 000 = 30 000 €. C’est un avantage réel, que l’IS ne permet pas.
IS : la logique inverse
Sous le régime IS, votre EURL est un contribuable à part entière. Elle paie son propre impôt sur le bénéfice qu’elle dégage. Le taux IS applicable en 2026, selon l’article 219 du CGI (legifrance.gouv.fr) :
- 15 % sur les 42 500 premiers euros de bénéfice (taux réduit PME, sous conditions : CA < 10 millions €, capital entièrement libéré, détenu à 75 % minimum par des personnes physiques)
- 25 % au-delà
Conséquence directe : vous pouvez vous verser une rémunération de gérant, qui est déductible du résultat imposable de la société. Moins de bénéfice = moins d’IS. Vous arbitrez vous-même entre ce que vous sortez en salaire (imposé à l’IR entre vos mains) et ce qui reste en réserves dans la société (imposé à l’IS, mais seulement quand vous le distribuez).
L’IS vous ouvre une fenêtre d’optimisation que l’IR ne permet pas : vous choisissez chaque année combien vous sortez en rémunération et combien vous laissez dans la société. Un bénéfice laissé en réserves n’est pas taxé à votre TMI personnel. Il ne le sera que si vous le distribuez sous forme de dividendes, soumis alors à la flat tax 30 % (prélèvement forfaitaire unique). Cette liberté de pilotage est le principal argument pour l’IS dès que votre activité est rentable.
IR vs IS en EURL : les différences clés
| Critère | EURL à l’IR | EURL à l’IS |
|---|---|---|
| Imposition de la société | Aucune (transparence) | IS 15 % / 25 % |
| Rémunération du gérant | Non déductible (= bénéfice imposé) | Déductible du résultat |
| Déficits imputables | Sur le revenu global du foyer | Reportables uniquement sur bénéfices futurs |
| Bénéfices non distribués | Imposés immédiatement à l’IR | Imposés à l’IS, pas à l’IR tant qu’ils restent |
| Dividendes | PFU 30 % (ou barème IR sur option) | PFU 30 % (ou barème IR) |
| Option irrévocable | N/A (régime par défaut) | Irrévocable après 5 exercices |
| Idéal si… | Déficits prévus, revenus du foyer modestes | Bénéfice durable, réinvestissement, pilotage |
Comparaison chiffrée : 3 cas concrets
Cas 1 : démarrage avec déficits (IR gagne)
Marie ouvre une boutique en ligne via son EURL. Première année : 8 000 € de pertes (stock, équipement, loyer). Son conjoint gagne 42 000 €. Leur TMI de foyer est à 30 %.
- EURL à l’IR : le déficit de 8 000 € s’impute sur le revenu du foyer → revenu imposable réduit à 34 000 €. Économie d’impôt : environ 2 400 € (8 000 € × 30 %).
- EURL à l’IS : le déficit reste dans la société, reportable sur bénéfices futurs. Aucun avantage fiscal cette année.
Résultat : l’IR économise 2 400 € dès la première année.
Cas 2 : activité rentable, gérant qui se verse un salaire (IS gagne)
Thomas, consultant indépendant en EURL, génère 90 000 € de bénéfice avant rémunération. Il se verse 4 000 € nets/mois (48 000 € annuels bruts). Son TMI IR personnel : 30 %.
- EURL à l’IR : il est imposé sur 90 000 € entiers à l’IR (pas de déductibilité du « salaire »). TMI 30 % et 41 % selon tranches → impôt IR : environ 24 000 €.
- EURL à l’IS : sa rémunération de 48 000 € bruts est déduite. Bénéfice IS = 42 000 €. IS : 15 % × 42 000 = 6 300 €. Thomas est imposé à l’IR sur ses 48 000 € de rémunération nette (environ 8 400 € d’IR). Total fiscal : 14 700 €. Économie par rapport à l’IR pur : environ 9 300 €.
Le mois dernier, j’ai accompagné un client consultant exactement dans cette situation. Passer à l’IS dès la création lui permettait d’économiser plus de 8 000 € d’impôt la première année. Il était hésitant car « l’IS c’est compliqué ». En réalité, c’est juste une déclaration supplémentaire, et le gain justifie largement le coût d’un comptable.
Cas 3 : bénéfice modeste, associé célibataire (à arbitrer)
Claire, graphiste freelance, prévoit 28 000 € de bénéfice annuel en EURL, pas d’autres revenus, célibataire sans enfant.
- EURL à l’IR : 28 000 € de bénéfice BIC imposés directement à l’IR (régime réel, sans abattement forfaitaire). IR ≈ 2 000-2 400 € selon les charges déduites. Pas de distinction rémunération/bénéfice, mais TMI reste faible (11 %).
- EURL à l’IS : si Claire se verse 20 000 € de rémunération → bénéfice IS = 8 000 €. IS = 15 % × 8 000 = 1 200 €. IR sur 20 000 € de rémunération ≈ 900 €. Total : 2 100 €. Gain modeste (~300 €).
Pour Claire, le choix dépend surtout de sa trajectoire : si elle prévoit de monter à 50 000 € dans 2 ans, autant opter pour l’IS dès le départ plutôt que d’avoir à le faire ensuite avec les contraintes de timing.
L’option IS et les dividendes : le piège des 10 %
Beaucoup pensent que l’IS ouvre automatiquement un accès favorable aux dividendes. C’est vrai, mais avec une nuance importante souvent sous-estimée.
Les dividendes versés par une EURL à l’IS sont soumis à la flat tax de 30 % (PFU : 12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux). Jusqu’ici, ça paraît attractif par rapport à l’IR.
Mais : pour les gérants majoritaires de SARL (et l’EURL est une SARL), la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social + comptes courants d’associés est assujettie aux cotisations sociales TNS en plus du PFU. Ces cotisations s’élèvent à environ 45 % selon votre niveau de revenus.
En pratique : si votre capital est de 1 000 € et que vous n’avez pas de compte courant significatif, tout dividende au-delà de 100 € par an est taxé à la fois à la flat tax ET aux cotisations. Le coût réel peut dépasser 60 % de prélèvements sur la tranche concernée. Ce n’est plus du tout avantageux.
Contactez-moi directement pour qu’on calcule votre seuil exact selon votre situation.
Pour bénéficier de la flat tax sur les dividendes sans cotisations TNS supplémentaires, votre capital social + comptes courants d’associés doivent être suffisamment élevés par rapport aux dividendes que vous projetez. Un capital de 5 000 € avec 50 000 € de dividendes : la quasi-totalité sera soumise aux cotisations. Un capital de 50 000 € avec 5 000 € de dividendes : vous restez sous le seuil. Anticipez dès les statuts.
EURL à l’IS vs SASU : le même bénéfice, un régime social différent
Le débat IR/IS de l’EURL est souvent comparé à la SASU à l’IR. La SASU est soumise à l’IS par défaut (elle peut opter pour l’IR sous conditions strictes), mais son président est assimilé salarié, avec des charges sociales de 75 à 80 % sur la rémunération. En EURL, le gérant est TNS, avec des charges de 40 à 45 % sur la rémunération nette.
Pour une même rémunération nette de 3 000 €/mois :
- EURL gérant TNS : charge sociale ~1 500 €/mois
- SASU président assimilé salarié : charge sociale ~3 000-3 500 €/mois (patronale + salariale)
Le coût de la couverture sociale est en contrepartie différent (protection chômage non incluse en TNS, retraite plus faible), mais pour les revenus inférieurs à 5 000 €/mois nets, l’EURL à l’IS reste généralement plus économique à court terme. La rémunération du gérant en EURL mérite un article à part entière.
EURL à l’IS et SCI : la même logique de choix
Si vous avez un projet immobilier en parallèle, vous retrouverez cette même question IR/IS en SCI à l’IR ou à l’IS. La logique est identique : l’IR préserve les plus-values immobilières au régime des particuliers (exonération après 22 ans), l’IS permet l’amortissement des biens mais déclenche une imposition des plus-values comme des bénéfices professionnels à la revente. Chaque situation mérite une analyse séparée.
Comment décider : ma grille de lecture
Je n’ai jamais de réponse universelle à cette question. Mais après 15 ans à accompagner des créateurs, voici les critères qui font réellement pencher la balance.
Optez pour l’IR si :
- Vous prévoyez des déficits les premières années (activité en démarrage, investissements lourds)
- Votre TMI IR personnel est faible (moins de 30 %)
- Votre foyer a d’autres revenus qui absorberaient bien les pertes de l’EURL
- Vous ne vous versez pas de rémunération significative la première année
- Votre bénéfice prévisionnel est inférieur à 20 000 €
Optez pour l’IS si :
- Votre activité est rentable dès la première année
- Vous avez besoin de vous verser une rémunération régulière et déductible
- Votre TMI IR dépasse 30 %
- Vous prévoyez de réinvestir des bénéfices dans la société plutôt que de tout distribuer
- Votre bénéfice prévisionnel dépasse 40 000 €
Hésitez si : votre bénéfice se situe entre 20 000 et 40 000 € et votre situation fiscale personnelle est complexe. Dans ce cas, une simulation personnalisée avant la création vaut vraiment la peine.
Pour comparer l’EURL avec d’autres statuts solo, lisez ma page sur le comparatif EURL ou SARL, elle couvre l’ensemble des différences entre les deux formes de SARL. Et pour aller plus loin sur la fiscalité des dividendes, le guide complet de l’EURL détaille les règles de distribution.
Si vous souhaitez simuler votre rémunération nette selon votre statut et votre niveau de bénéfice, le guide sur le simulateur EURL peut être un bon point de départ.
Questions fréquentes
Peut-on choisir l’IS dès la création de l’EURL ?
Oui. Lors de l’immatriculation au guichet unique de l’INPI, vous indiquez votre option pour l’IS. Elle prend effet dès le premier exercice. Si vous avez créé votre EURL sans option, vous pouvez basculer à l’IS dans les 3 premiers mois de n’importe quel exercice ultérieur. Attention : cela ne vous redonne pas 5 ans de révocabilité à chaque fois, le compteur de 5 ans part de la première option.
L’option IS est-elle vraiment irrévocable ?
Pas immédiatement : vous avez une fenêtre de sortie pendant les 5 premiers exercices d’option. Mais si vous n’avez pas renoncé avant la fin de ce délai (avant le premier acompte IS du 5e exercice), l’option devient définitive. Concrètement : optez en 2026, et si en 2030 vous réalisez que l’IS ne vous convient plus, vous pouvez encore revenir à l’IR pour 2031. En 2031, c’est trop tard.
Si mon EURL est à l’IS, suis-je encore imposé personnellement ?
Oui, sur votre rémunération de gérant et sur les dividendes que vous vous versez. L’IS ne fait pas disparaître votre IR personnel : il crée une couche d’imposition au niveau de la société, et vous êtes ensuite taxé à l’IR sur ce que vous percevez. L’avantage est de maîtriser le montant que vous sortez chaque année.
Mon EURL peut-elle être à l’IR si son associé unique est une holding ?
Non. Le régime IR ne s’applique qu’à l’associé unique personne physique. Si l’associé unique est une société (holding, SAS, SARL), l’EURL est automatiquement soumise à l’IS, sans option possible. C’est une des configurations courantes dans les montages holding : la filiale EURL est à l’IS de droit.
Quel est le coût de création d’une EURL avec Jurixa ?
La création EURL chez Jurixa démarre à partir de 500 € pour la rédaction des statuts sur-mesure et l’accompagnement complet, incluant le conseil sur l’option IR/IS adaptée à votre situation. À cela s’ajoutent les frais légaux : annonce légale (~190 €) et frais de greffe (~70 €). Pour un projet avec des enjeux fiscaux particuliers (holding, capital élevé, structure familiale), un accompagnement renforcé peut être envisagé. Contactez-moi directement pour une estimation.
Mon conseil final
L’arbitrage IR/IS n’est pas un détail administratif que vous réglerez en cochant une case. C’est une décision fiscale qui peut représenter plusieurs milliers d’euros de différence dès la première année, et qui vous engage sur au moins 5 exercices.
Ma recommandation de base : si vous prévoyez du bénéfice dès le démarrage et que votre TMI dépasse 30 %, optez pour l’IS à la création. Vous pouvez toujours y renoncer si votre situation change dans les 5 ans. En revanche, passer de l’IR à l’IS en cours de route déclenche une imposition des bénéfices en réserves qui peut être douloureuse.
Dans mon accompagnement à la création EURL, je fais toujours une simulation comparative IR/IS avec vos chiffres réels avant de rédiger les statuts. Ce travail préparatoire fait partie de la mission. Pas de statuts types, pas de choix par défaut : une structure adaptée à votre projet.
Pour comparer avec les alternatives unipersonnelles, voyez également notre page sur la création SASU, le statut social du dirigeant est très différent, ce qui change tout à l’arbitrage.