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Statuts juridiques

EURL ou micro-entreprise : comment choisir en 2026

Sandrine Chiorozas · · 12 min de lecture
EURL ou micro-entreprise

La micro-entreprise convient à une activité légère avec peu de charges, et l’EURL devient rentable dès que vos frais réels dépassent les abattements forfaitaires du régime micro, soit environ 25 à 35 % de charges réelles pour les services et 40 à 50 % pour le commerce. En pratique, ce seuil de bascule se situe souvent entre 30 000 et 50 000 € de chiffre d’affaires annuel selon votre secteur.

Je vois cette question arriver presque chaque semaine dans mon accompagnement : un entrepreneur solo qui hésite, souvent parce qu’il démarre en micro « pour tester » et se demande à partir de quand ça devient vraiment intéressant de basculer en EURL. La réponse dépend de deux variables que personne ne vous explique clairement : votre niveau de charges réelles et votre chiffre d’affaires. Dans cet article, je vous donne les calculs concrets pour trancher.

Ce que la micro-entreprise vous offre (et ce qu’elle vous retire)

La micro-entreprise (souvent appelée auto-entrepreneur) est un régime fiscal et social simplifié, pas un statut juridique à proprement parler. En dessous des plafonds, vous bénéficiez d’un abattement forfaitaire sur votre chiffre d’affaires pour calculer votre bénéfice imposable. Mais cet abattement remplace toute déduction de charges réelles.

Les plafonds de chiffre d’affaires en 2026

Vous restez en micro-entreprise tant que votre CA annuel (hors taxes) reste sous (legifrance.gouv.fr) :

  • 188 700 € pour les activités de vente de marchandises, fournitures et denrées, ou de fourniture de logement (sauf meublés de tourisme)
  • 77 700 € pour les prestations de services BIC et les professions libérales BNC

Ces seuils sont fixés par l’article 50-0 du Code général des impôts pour les BIC, et par l’article 102 ter CGI pour les BNC (legifrance.gouv.fr). Ils sont actualisés tous les trois ans en fonction de l’évolution du barème de l’impôt sur le revenu.

Un nouveau plafond très bas s’applique depuis 2025 aux meublés de tourisme classiques (hors résidences de tourisme classées) : 15 000 € de CA. Si vous avez une activité de location saisonnière Airbnb-type et que vous atteignez ce seuil, vous sortez du régime micro sur cette activité, même si votre CA total reste sous 188 700 €.

Les abattements forfaitaires : ce que vous « déduisez » sans justificatif

Au lieu de déclarer vos charges réelles, le régime micro applique un abattement automatique sur votre CA pour calculer le bénéfice imposable :

  • 71 % pour les activités de vente (BIC marchandises)
  • 50 % pour les prestations de services BIC
  • 34 % pour les professions libérales BNC

Concrètement, si vous réalisez 60 000 € de CA en tant que consultant (BNC), vous êtes imposé sur 60 000 × 66 % = 39 600 €, quelle que soit votre charge réelle.

34 %
Abattement BNC micro-entreprise (professions libérales) — bénéfice imposable = 66 % du CA
Article 102 ter CGI, en vigueur

Le piège de l’abattement trop faible

L’abattement forfaitaire est avantageux uniquement si vos charges réelles sont inférieures à cet abattement. Si vous êtes consultant et que vous avez un loyer de bureau, des abonnements logiciels, des déplacements, une formation, une assurance RC pro, tout cela peut dépasser 34 % de votre CA. À ce moment-là, vous payez des impôts et des cotisations sur un bénéfice fictif plus élevé que la réalité.

C’est le signal d’alarme numéro un que je cherche quand un client me demande s’il doit passer en EURL.

Ce que l’EURL change concrètement

L’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) est une société à part entière. Vous créez une personne morale distincte de votre patrimoine personnel. Ce changement entraîne trois conséquences majeures par rapport à la micro.

Déduction des charges réelles

En EURL (que ce soit à l’IR ou à l’IS), votre bénéfice imposable est calculé sur la base de vos recettes moins vos charges réelles : loyer, matériel, véhicule pro, salaires si vous embauchez, cotisations sociales du gérant, frais de comptabilité, assurances. Vous n’êtes plus limité par un abattement forfaitaire. Si vos charges représentent 60 % de votre CA, votre bénéfice imposable est de 40 %, point.

Pour ma part, quand j’accompagne un entrepreneur qui a des charges réelles significatives (artisan avec du matériel, consultant avec un locker co-working et de la formation, commerçant avec un stock), l’EURL permet souvent de réduire l’assiette fiscale de 30 à 50 % par rapport à la micro, à CA égal.

Pas de plafond de chiffre d’affaires

En EURL, vous n’avez pas de plafond. Que vous fassiez 100 000 €, 500 000 € ou 2 millions de CA, la structure tient. C’est important si votre projet est ambitieux : construire votre activité sur une micro-entreprise, c’est prévoir un rempotage obligatoire dès que vous dépassez les seuils. Ce rempotage, ça veut dire changer de statut, immatriculer une société, parfois apporter votre clientèle ou votre fonds de commerce.

Imputation des déficits à l’IR

Si vous optez pour l’IR (option par défaut de l’EURL quand l’associé est une personne physique), les déficits de l’EURL s’imputent sur votre revenu global. C’est un avantage réel en phase de démarrage si vous avez des investissements lourds et un conjoint avec des revenus : vous pouvez réduire l’impôt du foyer.

L’EURL dont l’associé unique est une personne physique est soumise par défaut à l’impôt sur le revenu (IR) : les bénéfices remontent directement dans la déclaration personnelle du gérant (BIC ou BNC selon l’activité). L’option pour l’IS (impôt sur les sociétés) est possible à tout moment et devient irrévocable après les 5 premiers exercices d’option. Source : article 8-4 du CGI.

Pour aller plus loin sur ce choix IR vs IS, lisez mon article sur la création EURL ou consultez le comparatif complet EURL ou SARL.

Le seuil de rentabilité du passage : calculs concrets

C’est la question qui compte vraiment. À partir de quand passer en EURL est-il financièrement rentable par rapport à la micro ?

Méthode de calcul

Le passage en EURL crée des coûts supplémentaires fixes : comptabilité obligatoire (600 à 1 500 €/an selon votre expert-comptable), coût de création (à partir de 500 € chez Jurixa, + frais légaux environ 190 € d’annonce légale et 70 € de greffe), frais bancaires compte pro. Il faut que le gain fiscal et social de la déduction des charges réelles soit supérieur à ces coûts additionnels.

Cas 1 : consultant BNC avec 60 000 € de CA

Un consultant indépendant (psychologue, formateur, coach certifié) avec 60 000 € de CA et 20 000 € de charges réelles.

En micro-entreprise BNC :

  • Bénéfice imposable = 60 000 × 66 % = 39 600 €
  • Cotisations micro sur CA = 60 000 × ~23,2 % (taux 2026 BNC) = 13 920 €
  • Impôt IR sur 39 600 € (TMI 30 %) = ~8 500 €
  • Charges totales : ~22 420 €

En EURL à l’IS :

  • Bénéfice imposable = 60 000 - 20 000 (charges) - rémunération gérant = variable
  • Si rémunération gérant = 28 000 € : cotisations TNS ~45 % × 28 000 = ~12 600 €
  • Bénéfice IS = 60 000 - 20 000 - 28 000 - 12 600 = -600 € (déficit IS, pas d’IS)
  • Revenu net gérant = 28 000 - 12 600 - IR (TMI 11 %) = ~13 000 € nets
  • Charges totales : 12 600 € cotisations + 0 IS + ~2 200 IR sur rémunération = ~14 800 €

Le gain est réel mais demande un pilotage actif de la rémunération. C’est là que l’accompagnement d’un expert fait la différence.

30 000 €
CA annuel minimum à partir duquel l'EURL est souvent plus avantageuse pour un prestataire de services avec des charges réelles significatives
Estimations sur base des abattements micro et cotisations TNS 2026

Cas 2 : artisan BIC avec 100 000 € de CA

Un artisan (plombier, électricien) avec 100 000 € de CA et 50 000 € de charges réelles (matériaux, véhicule, outillage).

En micro-entreprise BIC services :

  • Bénéfice imposable = 100 000 × 50 % = 50 000 €
  • Cotisations micro ≈ 21,2 % × 100 000 = 21 200 €
  • Bénéfice imposable réel si charges = 50 000 € → l’abattement micro donne exactement 50 000 €, neutre dans ce cas
  • Mais si charges réelles = 60 000 € (matériel cher) : la micro taxe sur 50 000 € alors que la réalité est 40 000 €

Le seuil d’intérêt pour un artisan BIC : L’abattement micro de 50 % est avantageux seulement si vos charges réelles sont inférieures à 50 % de votre CA. Dès qu’elles dépassent ce seuil, vous surtaxez par rapport à un régime réel.

EURL vs micro-entreprise : comparatif 2026

CritèreMicro-entrepriseEURL
Plafond CA (services/BNC)77 700 €Aucun
Plafond CA (ventes)188 700 €Aucun
Calcul du bénéficeAbattement forfaitaire (34-71 %)Charges réelles déduites
Déduction des charges réellesImpossibleOui (toutes les charges pro)
Déficit imputable sur revenu globalNonOui (si régime IR)
ComptabilitéLivre des recettes uniquementBilan + compte de résultat annuel
TVAFranchise si sous seuils (art. 293 B CGI)Assujetti à la TVA (sauf option franchise)
Responsabilité patrimonialeIllimitée (EI)Limitée à l’apport
Crédibilité clients/banquesLimitéePlus forte (société immatriculée)
Coût de création0 €À partir de 760 € (Jurixa + frais légaux)
Coût de gestion annuel~0 €600-1 500 €/an (comptabilité)
Accès aux aides ACRE/ARCEOuiOui

Franchise de TVA : ce qui change en 2026

En micro-entreprise, vous bénéficiez automatiquement de la franchise en base de TVA tant que votre CA reste sous les seuils de l’article 293 B du CGI, actuellement en vigueur : 85 000 € pour les livraisons de biens et 37 500 € pour les prestations de services (legifrance.gouv.fr). Vous ne facturez pas de TVA et vous ne la récupérez pas non plus.

L’article 293 B du CGI dans sa version actuelle est en vigueur jusqu’au 1er septembre 2026. Un nouveau régime de franchise TVA entre en vigueur à cette date. Si vous lisez cet article après cette date, vérifiez les nouveaux seuils sur impots.gouv.fr. En EURL, vous êtes assujetti à la TVA dès la création, sauf à demander expressément le bénéfice de la franchise en base, ce qui est possible si vous restez sous les seuils.

Vous pouvez approfondir ce sujet dans mon article complet sur la TVA en micro-entreprise.

Crédibilité et accès aux marchés : le facteur souvent oublié

La micro-entreprise souffre d’un déficit d’image dans certains secteurs. Les grandes entreprises, les collectivités et les clients institutionnels préfèrent traiter avec une société (KBIS, numéro SIRET en nom de société, conditions générales de vente pro). Si vous visez des contrats B2B importants ou des marchés publics, l’EURL vous ouvre des portes que la micro vous ferme.

Le mois dernier, j’ai accompagné un développeur web qui avait perdu un contrat cadre de 80 000 € annuel avec une collectivité simplement parce qu’il était en auto-entrepreneur : la collectivité refusait de signer avec un non-professionnel au sens comptable. En trois semaines, on a créé son EURL, il a signé.

Quand passer de la micro à l’EURL : les 5 signaux

Vous n’êtes pas obligé de passer en EURL dès le premier euro. Voici les cinq situations qui rendent le passage urgent ou fortement recommandé :

  1. Vos charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire : calculez vos charges annuelles et comparez-les à 34 % (BNC) ou 50 % (services BIC) de votre CA. Si vous êtes au-dessus, vous surtaxez.
  2. Vous approchez des plafonds de CA : si vous êtes à 70 % du plafond, anticipez. Le dépassement entraîne la sortie obligatoire du régime micro l’année suivante.
  3. Vous investissez lourdement : matériel, véhicule, travaux, stock. Ces charges sont perdues en micro (pas déductibles). En EURL, elles s’amortissent.
  4. Vos clients pro exigent une société : certains donneurs d’ordre refusent de traiter avec des auto-entrepreneurs pour des questions de sous-traitance et de responsabilité.
  5. Vous voulez protéger votre patrimoine personnel : en micro-entreprise (statut EI), votre résidence principale est insaisissable automatiquement, mais vos autres biens personnels restent exposés aux créanciers professionnels. En EURL, la responsabilité est limitée à vos apports.

Pour plus de détails sur la bascule micro vers société, lisez mon article sur le passage de la micro à la SASU, les mécanismes sont similaires pour l’EURL, avec l’avantage du régime TNS moins cher que le régime assimilé salarié de la SASU.

Combien coûte la création d’une EURL en 2026

Contrairement à la micro-entreprise (création gratuite, zéro formalité de structure), l’EURL a un coût d’entrée.

Coût de création EURL en 2026

PostePlateforme automatiséeJurixaExpert-comptable ou avocat
Rédaction des statuts99 à 199 € (modèle)À partir de 500 € (sur-mesure)1 200 à 2 500 €
Annonce légale~190 €~190 €~190 €
Frais de greffe~70 €~70 €~70 €
Conseil sur fiscalité IR/ISAucunInclusInclus
Total359 à 459 €À partir de 760 €1 460 à 2 760 €

Chez Jurixa, je rédige des statuts sur-mesure adaptés à votre activité, votre régime matrimonial et vos projets à 2 ans (ouverture d’associé éventuelle, option fiscale). C’est différent d’un modèle standard téléchargé. Contactez-moi directement pour analyser votre situation.

Pour comprendre ce que simule votre passage en micro sur la durée, utilisez notre simulateur micro-entreprise.

Et si vous êtes déjà en EURL et que vous vous interrogez sur le régime TNS, le fonctionnement détaillé de la rémunération du gérant est expliqué dans mon article sur la rémunération gérant EURL.

Questions fréquentes

Puis-je rester en micro-entreprise si je dépasse les plafonds une seule année ?

Oui, sous conditions. Vous sortez du régime micro uniquement si vous dépassez les plafonds deux années consécutives. Si vous dépassez une seule fois, vous restez en micro l’année suivante. Mais si vous dépassez deux ans de suite, vous basculez automatiquement au régime réel simplifié dès le 1er janvier de l’année suivante. Ce délai laisse du temps pour anticiper, utilisez-le.

L’EURL peut-elle bénéficier de la franchise en base de TVA comme la micro ?

Oui. La franchise en base de TVA (article 293 B CGI) n’est pas réservée à la micro-entreprise. Toute structure (EURL, SARL, SAS) peut en bénéficier si son CA reste sous les seuils. En EURL, vous devez l’indiquer sur vos factures (mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI »). Mais attention : si vous êtes sous la franchise TVA, vous ne récupérez pas non plus la TVA sur vos achats. Pour les artisans avec beaucoup de matériel, être assujetti à la TVA et la récupérer sur les achats est souvent plus avantageux que la franchise.

Les cotisations sociales sont-elles moins chères en micro qu’en EURL ?

En micro-entreprise, vous payez des cotisations sur votre chiffre d’affaires brut (pas sur votre bénéfice). Le taux varie selon l’activité (autour de 12 % pour le commerce, 21-23 % pour les services et BNC). En EURL avec régime TNS, vous cotisez sur votre rémunération nette (environ 45 % de cotisations sur le net). Les deux systèmes sont comparables à revenus équivalents, mais la micro est plus simple à calculer. En revanche, en micro, si votre CA monte sans que votre bénéfice réel suive (parce que vous avez beaucoup de charges), vous payez des cotisations sur un CA qui n’est pas du tout du revenu. C’est un piège classique.

Peut-on cumuler micro-entreprise et EURL ?

Non, pas sur la même activité. Vous ne pouvez pas avoir simultanément une micro-entreprise et une EURL pour exercer la même activité : ce serait une concurrence directe entre les deux structures. En revanche, il est possible d’avoir une micro-entreprise pour une activité (artisan) et une EURL pour une autre activité distincte (conseil), sous réserve que les deux activités soient réellement séparées. Mais cela complique énormément la gestion et n’est jamais recommandé sans accompagnement.

Que se passe-t-il si je ferme ma micro-entreprise pour créer une EURL ?

La fermeture de la micro-entreprise est simple et gratuite : déclaration de cessation d’activité en ligne via le guichet des formalités des entreprises. Vous pouvez ensuite créer votre EURL dans la foulée. Fiscalement, la cessation d’activité peut entraîner l’imposition des créances non encore encaissées et des plus-values sur les éléments d’actif si vous avez un fonds de commerce ou de la clientèle transférable. Ce point est important à anticiper si vous avez une clientèle constituée.

Mon conseil final

La micro-entreprise est un excellent point de départ pour tester une activité sans risque et sans frais. Mais c’est un statut de démarrage, pas un statut pérenne pour une activité ambitieuse.

Le bon critère pour décider n’est pas votre CA, c’est votre taux de marge réel. Si vos charges réelles représentent plus de 34 % (BNC) ou 50 % (services BIC) de votre CA, l’EURL devient plus avantageuse fiscalement. Si vous avez des investissements à déduire, si vos clients pro vous demandent une société, si vous approchez des plafonds, passez en EURL.

Dans mon accompagnement, je fais toujours une simulation chiffrée avant de conseiller. Pas de règle générale, tout dépend de votre activité, de vos charges et de votre fiscalité personnelle. Si vous hésitez, une conversation de 30 minutes suffit souvent à trancher.

Pour aller plus loin, consultez aussi la simulation détaillée de la définition et fonctionnement de l’EURL ou comparez les options si vous hésitez avec une société par actions en lisant passer de la micro à la SASU.

Sources officielles :

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 15 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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