Devenir consultant indépendant en France prend en moyenne entre 2 semaines (micro-entreprise) et 3 à 4 semaines (SASU ou EURL) selon le statut choisi. Le vrai délai, celui que personne ne mentionne, c’est le temps de décision : beaucoup de futurs consultants perdent 3 à 6 mois à hésiter entre les structures, à attendre d’avoir “assez de clients”, ou à se lancer avec le mauvais statut qu’ils devront changer un an plus tard.
Dans mon accompagnement, j’ai structuré des dizaines de parcours de consultants, en IT, en marketing, en RH, en finance, en stratégie. L’erreur la plus fréquente n’est pas le mauvais statut : c’est de partir sans avoir compris les trois ou quatre décisions qui vont conditionner votre revenu net pendant les deux premières années.
Mon objectif ici : vous donner un parcours linéaire, étape par étape, avec les vrais chiffres.
- Valider votre domaine d’expertise et votre positionnement tarifaire avant toute création
- Choisir entre portage salarial (test sans structure), micro-entreprise (démarrage léger), EURL ou SASU (montée en charge)
- Le plafond micro-BNC est 83 600 € de CA annuel : au-delà, il faut une société
- La micro-entreprise ne permet pas de déduire les frais réels (abattement forfaitaire de 34 %)
- Trouver les premiers clients avant d’immatriculer, pas après
- La rémunération optimale en société dépend de votre IS, de votre besoin de protection sociale et de vos dividendes
Valider votre expertise avant de créer quoi que ce soit
La première erreur que je vois chez les consultants qui se lancent : ils commencent par la structure. Ils choisissent un statut, créent leur entreprise, commandent des cartes de visite, et cherchent des clients ensuite.
Faites l’inverse.
Avant d’immatriculer quoi que ce soit, répondez à deux questions concrètes. Première question : pour quel problème précis êtes-vous la meilleure solution sur le marché ? Pas “je fais du marketing digital”, mais “j’aide les PME industrielles à recruter sur LinkedIn en 30 jours”. Plus c’est précis, plus c’est vendable. Deuxième question : qui a déjà payé pour résoudre ce problème, et combien ?
Avant de créer votre structure, essayez d’obtenir au moins une promesse de mission, même informelle. Un ancien employeur, un réseau professionnel, un contact LinkedIn. Ce premier signal commercial change tout : il confirme que votre positionnement est vendable, et il vous permet de dimensionner votre structure au bon niveau dès le départ.
Un point sur les clauses de non-concurrence. Si vous quittez un poste salarié pour vous lancer, vérifiez votre contrat de travail. Une clause de non-concurrence valide peut vous interdire d’exercer dans votre secteur pendant 6 à 24 mois après la rupture, sous peine de pénalités. Elle doit être limitée dans le temps, dans l’espace, et faire l’objet d’une contrepartie financière, sinon elle est nulle. Mais vérifiez : beaucoup de contrats en contiennent une.
Comprendre les 4 statuts disponibles
Il n’existe pas un seul statut pour le consultant indépendant. Il en existe quatre, et chacun correspond à un profil de situation différente. Les voici dans l’ordre de complexité croissante.
Le portage salarial : tester sans créer de structure
Le portage salarial vous permet d’exercer une activité de conseil sans créer d’entreprise. Concrètement : vous signez une convention avec une société de portage, vous négociez vos missions directement avec vos clients, et la société de portage vous verse un salaire après avoir prélevé ses frais de gestion (entre 8 et 15 % du CA selon les prestataires).
Avantage principal : vous conservez le statut de salarié, avec toutes les protections associées (assurance chômage, arrêts maladie, retraite du régime général). C’est la solution idéale pour tester votre activité sans risque administratif.
Inconvénient principal : les frais de portage amputent votre revenu net de façon significative sur le long terme. À 10 000 € de facturation mensuelle, ce sont 1 000 à 1 500 € qui partent directement.
La micro-entreprise : démarrer vite, sous 83 600 €
La micro-entreprise est le statut le plus simple pour se lancer. Immatriculation gratuite en ligne sur le guichet unique INPI, cotisations sociales calculées directement sur le CA encaissé (environ 21,1 % pour les prestations de services BNC, c’est-à-dire les activités libérales hors CIPAV), aucune comptabilité complexe.
Le point de vigilance que j’explique systématiquement à mes clients : la micro-entreprise applique un abattement forfaitaire de 34 % sur le CA pour calculer le revenu imposable. Cet abattement est fixe, que vous ayez 0 ou 30 000 € de frais réels dans l’année. Si vos charges professionnelles (équipements, logiciels, déplacements, sous-traitance) dépassent ce tiers du CA, vous êtes fiscalement perdant par rapport à un régime réel.
Autre limite : au-delà de 37 500 € de CA annuel, vous perdez le bénéfice de la franchise en base de TVA. Vous devez facturer la TVA à vos clients. Ce n’est pas bloquant avec des clients professionnels (ils la récupèrent), mais ça peut être un frein avec des particuliers.
Le seuil micro-BNC de 83 600 € est un plafond pluriannuel : si vous le dépassez deux années consécutives, vous basculez automatiquement au régime réel l’année suivante. Anticipez le changement de structure avant de toucher ce seuil, pas après.
L’EURL : la société de consultant à profil TNS
L’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) est une SARL à associé unique, définie par l’article L223-1 du Code de commerce. C’est la forme sociale la plus choisie par les consultants qui veulent déduire leurs frais réels tout en gardant des cotisations sociales modérées.
Le gérant d’EURL relève du régime des travailleurs indépendants (SSI, anciennement RSI). Ses cotisations sociales sur la rémunération sont inférieures à celles d’un assimilé-salarié : autour de 40 à 45 % de la rémunération nette, contre environ 80 % pour un salarié classique ou le président de SASU. En contrepartie, la protection sociale est moins étendue (retraite complémentaire moins favorable, indemnités journalières moins élevées).
L’EURL peut opter pour l’IS (impôt sur les sociétés) : le taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles, 25 % au-delà. Cela ouvre la possibilité de distribuer des dividendes, qui sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (flat tax) de 31,4 % (12,8 % d’IR + 18,6 % de prélèvements sociaux).
La SASU : la société de consultant à profil assimilé-salarié
La création SASU offre au consultant le statut social d’assimilé-salarié. Le président de SASU bénéficie du régime général de la Sécurité sociale : retraite AGIRC-ARRCO, indemnités journalières maladie au niveau salarié, couverture chômage si révocation involontaire (après cotisation préalable).
La contrepartie : les cotisations sur la rémunération du président de SASU sont élevées, autour de 75 à 80 % de la rémunération nette. La stratégie classique consiste donc à se verser une rémunération modérée (ou nulle la première année), à laisser le bénéfice dans la société, puis à distribuer des dividendes une fois le résultat stabilisé.
Chez Jurixa, quand un consultant hésite entre EURL et SASU, je fais toujours un calcul sur la situation spécifique : montant de CA prévu, charges réelles, besoin de protection sociale, horizon de distribution des dividendes. Il n’y a pas de réponse universelle. Ce qui est vrai à 60 000 € de CA ne l’est plus à 120 000 €.
Choisir son statut selon son profil
Voici le tableau que j’utilise en accompagnement pour aider les consultants à se positionner rapidement :
Quel statut pour quel profil de consultant en 2026 ?
| Profil | Statut recommandé | Raison principale |
|---|---|---|
| Test d’activité, encore salarié | Portage salarial | Aucun risque administratif, chômage conservé |
| Démarrage, CA < 50 000 €/an | Micro-entreprise BNC | Simplicité, cotisations sur CA réel |
| Frais réels > 34 % du CA | EURL à l’IS | Déduction des charges, IS réduit à 15 % |
| CA > 80 000 €, protection sociale prioritaire | SASU | Assimilé-salarié, retraite régime général |
| CA > 80 000 €, revenu net prioritaire | EURL à l’IS | Cotisations TNS inférieures à SASU |
| Croissance rapide, futurs associés | SASU (transformation en SAS) | Capital social libre, entrée d’associés simple |
Pour la grande majorité des consultants qui me contactent en phase de lancement, ma recommandation de départ est la micro-entreprise. Pourquoi ? Parce qu’elle ne génère ni frais fixes ni engagement comptable, et qu’on peut la fermer ou la faire évoluer sans frais. Une fois que l’activité est prouvée, CA stable, clients récurrents, on passe à la structure qui optimise le revenu net. Pas avant.
Trouver ses premiers clients : les 3 canaux qui fonctionnent vraiment
C’est souvent le sujet le plus sous-estimé dans les guides de création. On passe des heures sur le choix du statut, et quelques minutes sur comment remplir le carnet de commandes.
Le premier canal, et de loin le plus efficace : votre réseau direct. Anciens collègues, anciens managers, clients de votre précédent employeur (en vérifiant la non-concurrence). Une mission de 3 jours par mois chez un ancien employeur couvre souvent les 6 premiers mois d’activité. C’est moins glamour que de “pitcher à des inconnus sur LinkedIn”, mais c’est ce qui fonctionne.
Le deuxième canal : les plateformes de mise en relation. Malt, Comet, CremeLa, selon votre domaine. Ces plateformes prélèvent une commission (autour de 10 %), mais elles vous donnent accès à des entreprises qui cherchent activement des consultants. Elles sont particulièrement efficaces pour les profils IT, marketing digital et gestion de projet.
Le troisième canal, plus lent mais plus durable : le contenu de positionnement. Un article LinkedIn par semaine sur votre sujet d’expertise, régulier pendant 6 mois, construit une visibilité qui génère des inbound. Ce n’est pas un canal de démarrage immédiat, mais c’est ce qui fait qu’à 18 mois d’activité, les clients viennent à vous.
Une erreur fréquente : tarifer trop bas pour “avoir des clients”. En consulting, un tarif bas signale souvent un manque de confiance, pas une offre accessible. Calculez votre taux journalier en partant du revenu net mensuel que vous voulez, ajoutez les charges sociales, les jours non facturés (congés, prospection, formation), et vous obtenez votre TJM minimum. En dessous de ce seuil, vous travaillez à perte.
Les formalités de création, étape par étape
Une fois votre statut choisi, voici les étapes concrètes.
Pour la micro-entreprise : tout se passe sur le guichet unique INPI (guichet-entreprises.fr). Déclaration en ligne, aucun frais d’immatriculation, aucun capital à déposer. Le numéro SIRET arrive sous 3 à 7 jours. Vous pouvez facturer dès réception.
Pour l’EURL ou la SASU :
- Rédiger les statuts (c’est l’étape que je structure avec mes clients chez Jurixa, à partir de 500 euros, statuts sur-mesure et non un modèle générique)
- Déposer le capital social sur un compte bancaire dédié (1 euro minimum en SASU, aucun minimum légal en EURL mais je conseille 1 000 à 5 000 euros pour la crédibilité client)
- Publier une annonce légale dans un journal habilité (environ 150 à 230 euros selon le département)
- Immatriculer la société sur le guichet unique INPI (frais de greffe : environ 40 euros pour une SASU ou une EURL)
- Obtenir le Kbis (extrait du registre du commerce et des sociétés), généralement sous 24 à 72 heures
La durée totale : 10 à 20 jours ouvrés en moyenne pour une SASU ou une EURL, en partant de zéro.
Se rémunérer : les 3 leviers selon votre structure
En micro-entreprise : vous prélevez directement dans votre CA. Il n’y a pas de notion de rémunération distincte. Ce que vous encaissez, minus les cotisations sociales (21,1 % pour les BNC) et l’IR sur le bénéfice imposable, c’est votre revenu disponible.
En EURL à l’IS : deux leviers. La rémunération du gérant (soumise aux cotisations TNS, déductible du bénéfice de la société) et les dividendes (prélevés sur le résultat après IS, soumis à la flat tax de 31,4 %). La combinaison optimale dépend du montant du bénéfice et de votre TMI (tranche marginale d’imposition).
En SASU : mêmes deux leviers, mais les cotisations sur la rémunération sont plus élevées (régime général). La stratégie “dividendes à 31,4 % de flat tax, zéro cotisation sociale” est très attrayante sur le papier. Dans les faits, elle ne fonctionne bien qu’à partir d’un certain niveau de bénéfice, une fois que la trésorerie est suffisamment solide pour ne pas se verser trop peu et tomber sous le seuil de droits à la retraite.
Chez Jurixa, je passe souvent du temps sur ce point avec les consultants que j’accompagne. La rémunération du dirigeant n’est pas qu’une question fiscale : c’est aussi une question de droits sociaux futurs, et une erreur de stratégie à 35 ans peut coûter cher à 65 ans.
Combien coûte la création de votre structure de consultant en 2026 ?
| Service | LegalTech (LegalStart, LegalPlace) | Jurixa | Expert-comptable / Avocat |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | 49 à 99 euros (assistant en ligne) | 50 euros | 200 à 500 euros |
| EURL | 99 à 199 euros + frais légaux (statuts types) | 500 euros + frais légaux (~200 euros) | 1 000 à 2 500 euros |
| SASU | 99 à 199 euros + frais légaux (statuts types) | 500 euros + frais légaux (~200 euros) | 1 000 à 2 500 euros |
Ce tableau mérite une explication. Une plateforme automatisée génère vos statuts à partir d’un formulaire standard : c’est rapide, c’est bon marché, et ça fonctionne pour les cas simples. Le problème apparaît 18 mois plus tard, quand vous voulez entrer un associé, modifier la répartition des bénéfices, ou vendre vos parts. Des statuts mal rédigés peuvent coûter beaucoup plus cher à modifier que ce que vous avez économisé à la création.
Ce que j’aurais aimé savoir avant de me lancer (retour de consultants accompagnés)
Voici trois situations que je rencontre régulièrement, et qui illustrent les erreurs de parcours les plus fréquentes.
Un consultant en stratégie démarre en micro-entreprise à 500 €/jour. Au bout de 8 mois, il atteint 80 000 € de CA annualisé. Il panique à l’idée de “perdre” son statut, hésite à créer une société, laisse passer 6 mois sans décision. Résultat : il dépasse le seuil, bascule au régime réel de façon imprévue, sans structure préparée. La transition se passe mal. Morale : anticiper le passage à la société dès 50 000 à 60 000 € de CA, pas dans l’urgence.
Un consultant IT crée une SASU dès le premier jour, sans client confirmé, convaincu que “ça fait plus sérieux”. Il se verse 2 000 euros par mois de rémunération (soit environ 3 500 euros de coût total chargé), paie un expert-comptable, sans CA pendant 4 mois. La SASU a coûté 20 000 euros avant la première vraie mission. La micro-entreprise aurait coûté zéro.
Un consultant RH reste en micro-entreprise 3 ans, à 90 000 € de CA. Il n’a jamais dépassé le seuil parce qu’il a refusé des missions pour ne pas le dépasser. Il a donc volontairement plafonné son chiffre d’affaires pour éviter le changement de structure. Il a perdu de l’argent chaque année.
FAQ : les questions que me posent les consultants avant de se lancer
Faut-il un diplôme spécifique pour être consultant indépendant ?
Non. Il n’existe pas de diplôme légalement requis pour exercer le conseil en entreprise en France, sauf pour certaines professions réglementées (expertise comptable, médecine, droit…). Ce qui compte, c’est la valeur que vous apportez à vos clients, et votre capacité à le démontrer. Un parcours de 10 ans en tant que directeur marketing vaut davantage qu’un diplôme généraliste récent pour créer une activité de conseil en marketing.
Dois-je souscrire une assurance RC pro ?
C’est fortement recommandé, et souvent exigée par vos clients dans les contrats de mission. La responsabilité civile professionnelle couvre les dommages causés à un client dans le cadre de votre mission (erreur de conseil, oubli, retard ayant entraîné un préjudice). Son coût varie entre 300 et 1 500 euros par an selon votre secteur et le niveau de couverture.
Puis-je me lancer en consultant tout en gardant mon emploi salarié ?
Oui, sous conditions. Il faut vérifier que votre contrat de travail ne comporte pas de clause d’exclusivité, et que votre activité de consultant n’est pas concurrente de celle de votre employeur. Si ces deux conditions sont remplies, vous pouvez cumuler un emploi salarié et une micro-entreprise (les deux régimes de cotisations sociales s’appliquent séparément).
Comment fixer mon TJM (taux journalier moyen) ?
Partez du revenu net mensuel que vous visez. Ajoutez les charges sociales correspondant à votre statut, les jours non facturables dans l’année (congés, prospection, formation, gestion administrative : comptez 40 à 60 jours sur 220 jours ouvrés), et les frais fixes éventuels. Ce calcul donne votre TJM minimum. Dans les faits, le marché fixe aussi une fourchette selon le domaine : entre 400 et 600 €/jour pour des profils juniors en IT ou marketing, 700 à 1 500 €/jour pour des profils seniors en stratégie, finance ou data.
EURL ou SASU : comment trancher ?
La réponse dépend de deux facteurs principaux. Si la protection sociale compte (retraite, arrêts maladie), choisissez la SASU : le statut assimilé-salarié vous donne accès au régime général. Si le revenu net immédiat est prioritaire et que votre CA dépasse 80 000 €, l’EURL peut être plus avantageuse grâce à des cotisations TNS moins lourdes sur la rémunération. Dans mon accompagnement, je calcule les deux scenarios avec les chiffres réels du projet avant de recommander l’un ou l’autre.
Se lancer comme consultant indépendant est une décision qui se prépare, mais elle ne devrait pas prendre des années. Le bon statut est celui qui correspond à votre situation aujourd’hui, pas à votre situation idéale dans 3 ans. Vous pouvez toujours faire évoluer la structure, et c’est même préférable de commencer simple.
Si vous voulez un regard externe sur votre situation spécifique avant de créer votre structure, j’accompagne les consultants en création depuis 15 ans et je connais les pièges à éviter.