Le capital social d’une SASU peut légalement être fixé à 1 euro. Mais choisir ce minimum symbolique, c’est souvent signer un premier rendez-vous bancaire raté et fragiliser votre société dès le départ. Dans mon accompagnement, je vois régulièrement des fondateurs arriver avec un capital de 1 € en se demandant pourquoi leur demande de découvert professionnel est refusée. Mon objectif aujourd’hui : vous donner les clés pour fixer un capital adapté à votre projet, en comprenant les règles de libération, de dépôt et de choix entre apports en numéraire et apports en nature.
- Aucun capital minimum légal : 1 euro suffit en théorie pour créer une SASU.
- Un capital trop faible nuit à la crédibilité bancaire et complique le financement.
- Libération possible de 50 % à la constitution, le solde dans les 5 ans.
- Apports en numéraire ou en nature (commissaire aux apports au-delà de 30 000 euros).
- Capital fixe ou variable : ce que ça change quand vous voudrez faire entrer un associé.
Qu’est-ce que le capital social d’une SASU ?
Le capital social représente l’ensemble des apports réalisés par l’associé unique au moment de la création de la société. C’est, en quelque sorte, la mise de départ que vous placez dans votre entreprise. Ce montant apparaît dans les statuts, sur le Kbis (l’extrait du registre du commerce et des sociétés, document officiel d’identité de votre entreprise) et dans tous les actes officiels de la société.
Ce capital a deux fonctions concrètes. D’abord, il finance les premières dépenses de la société avant que les revenus arrivent. Ensuite, il constitue un signal de sérieux vis-à-vis des tiers : clients, fournisseurs, banques, bailleurs. Un capital trop faible peut déclencher une méfiance immédiate, même si votre projet est solide sur le fond.
La SASU est régie par les articles L227-1 à L227-20 du Code de commerce. Aucun capital minimum n’est imposé par la loi : l’associé unique fixe librement le montant, qui peut théoriquement être d’un seul euro. Les apports en nature doivent être intégralement libérés dès la création ; seuls les apports en numéraire (argent) bénéficient d’une libération différée.
Le minimum légal à 1 euro : réalité et pièges
Depuis 2003, il n’existe plus de capital minimum obligatoire pour créer une SAS ou une SASU. Cette liberté est réelle. Mais elle comporte des risques que trop peu de créateurs anticipent.
Avec 1 euro de capital, votre société ne dispose d’aucun coussin financier. Si un imprévu survient dès les premières semaines (achat de matériel, dépôt de garantie, stock), vous devrez soit injecter des fonds en compte courant d’associé (une créance que vous aurez sur la société), soit contracter un emprunt. La banque, quant à elle, interprétera ce capital symbolique comme un manque d’engagement personnel, et la demande de prêt sera souvent refusée ou assortie de conditions très strictes.
La semaine dernière encore, une cliente m’appelait parce que son bailleur commercial refusait de lui louer un local avec une SASU au capital d’un euro. Elle devait refaire ses statuts pour augmenter le capital avant de signer. Tout cela aurait pu être anticipé dès la constitution.
Un capital très faible peut aussi poser un problème fiscal. La SASU assujettie à l’IS bénéficie du taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfice, sous condition notamment de libérer intégralement le capital souscrit avant la clôture de l’exercice. Si vous avez souscrit 10 000 euros de capital mais n’en avez libéré que 50 %, le taux réduit peut être remis en cause pour le premier exercice.
Quel montant de capital choisir selon votre activité ?
Il n’existe pas de règle universelle, mais voici ce que je recommande concrètement dans mon accompagnement, selon les profils les plus courants.
Activité de conseil, freelance ou prestation intellectuelle
Pour un consultant, coach, développeur ou graphiste qui crée une SASU en solo, 1 000 à 3 000 euros suffisent généralement. Vos charges de démarrage sont limitées, vous n’avez pas de stock ni d’équipement lourd. Ce capital couvre les premiers frais professionnels (abonnements, logiciels, déplacements) et démontre un engagement minimal crédible.
Commerce, e-commerce ou activité avec stock
Si vous vendez des produits physiques, prévoyez un capital entre 5 000 et 15 000 euros. Votre premier achat de stock, l’éventuel dépôt de garantie d’un entrepôt ou d’une boutique et les frais d’aménagement peuvent représenter plusieurs milliers d’euros dès le lancement. Un capital cohérent avec ces besoins réels rassurera aussi vos fournisseurs.
Restauration, hôtellerie ou activités nécessitant des équipements lourds
Ces secteurs exigent souvent un capital supérieur à 10 000 euros, parfois 20 000 à 30 000 euros. Les investissements initiaux (matériel de cuisine, travaux, mobilier) sont conséquents. Dans ce cas, les apports en nature (équipements déjà acquis personnellement) peuvent constituer une partie du capital.
Une astuce que j’utilise avec mes clients : regardez les SASU de votre secteur d’activité sur Infogreffe pour observer les capitaux retenus par des entreprises similaires. C’est un signal de marché que les banques et partenaires connaissent bien. Se situer dans la fourchette haute de votre secteur renforce votre crédibilité sans surcharger votre trésorerie initiale.
Apports en numéraire, apports en nature : quelle différence ?
Le capital social de votre SASU peut être constitué de deux types d’apports, avec des règles très différentes.
Les apports en numéraire
Ce sont les apports en argent. Vous virez la somme convenue sur un compte bancaire bloqué ouvert au nom de la société en formation. Ces fonds sont bloqués jusqu’à l’immatriculation au RCS (Registre du Commerce et des Sociétés). Une fois le Kbis obtenu, la banque débloque les fonds sous 24 à 48 heures sur le compte courant de la société. L’argent est alors disponible pour les premières dépenses.
La bonne nouvelle avec les apports en numéraire : vous n’êtes pas obligé de libérer (verser) la totalité dès la constitution. La loi impose un minimum de 50 % à la création, le solde pouvant être libéré dans un délai maximum de 5 ans après l’immatriculation. Si vous fixez un capital de 10 000 euros, vous n’avez donc besoin de déposer que 5 000 euros au départ. C’est une souplesse appréciable pour préserver la trésorerie personnelle.
Retrouvez le détail de ce mécanisme dans notre guide sur la libération du capital social.
Les apports en nature
Ce sont les apports d’actifs non monétaires : matériel informatique, véhicule, fonds de commerce, brevet, logiciel, immobilier. Contrairement aux apports en numéraire, les apports en nature doivent être intégralement libérés dès la constitution. Pas de libération différée possible.
Et un point souvent ignoré : l’évaluation de ces biens doit, en principe, être réalisée par un commissaire aux apports (un professionnel indépendant, souvent expert-comptable ou commissaire aux comptes, nommé par ordonnance du président du tribunal). Ce commissaire garantit que la valeur retenue est sincère et évite une surévaluation qui lèserait les créanciers.
Pour en savoir plus sur le processus d’évaluation, consultez notre article sur l’apport en nature et le commissaire aux apports.
Depuis la loi Sapin II (codifiée à l’article L227-1 du Code de commerce), l’associé unique d’une SASU peut décider de se dispenser du commissaire aux apports si deux conditions sont réunies : aucun apport en nature individuel ne dépasse 30 000 euros ET la valeur totale des apports en nature n’excède pas 50 % du capital. En cas de surévaluation sans commissaire, l’associé unique est responsable solidairement vis-à-vis des tiers pendant cinq ans.
Le dépôt des fonds : étapes et lieux possibles
Déposer le capital social est une formalité obligatoire. Sans attestation de dépôt, le greffe (ou le guichet unique de l’INPI depuis le 1er janvier 2025) refuse l’immatriculation.
La procédure se déroule en trois temps.
D’abord, vous ouvrez un compte bancaire bloqué au nom de la société en formation. La plupart des banques en ligne (Shine, Qonto, Propulse by CA, etc.) proposent ce service et le font rapidement. Vous pouvez aussi déposer les fonds chez un notaire.
Ensuite, vous déposez le montant prévu (minimum 50 % des apports en numéraire). La banque ou le notaire vous remet une attestation de dépôt, document qui certifie le montant bloqué et identifie les souscripteurs.
Enfin, vous joignez cette attestation au dossier d’immatriculation sur le guichet unique de l’INPI. Une fois le Kbis émis, la banque débloque les fonds automatiquement, généralement sous 24 à 48 heures.
Pour une présentation complète de la procédure, lisez notre guide sur le dépôt de capital à la création de société.
Capital fixe ou capital variable : comment choisir ?
C’est une question que l’on me pose souvent, et la réponse dépend surtout de votre horizon de développement.
Le capital fixe (choix par défaut)
Avec un capital fixe, le montant inscrit dans les statuts est stable. Pour l’augmenter ou le réduire, vous devez modifier les statuts (procès-verbal de décision de l’associé unique, publication d’un avis de modification au journal d’annonces légales, dépôt au greffe). Cette procédure coûte entre 150 et 400 euros et prend quelques semaines. Pour une SASU en phase de croisière, ce n’est pas un problème : ces opérations restent rares.
La SASU à capital variable
Une clause de variabilité dans les statuts permet de faire évoluer le capital entre un montant plancher (minimum : 10 % du capital initial) et un montant plafond librement fixé, sans modifier les statuts à chaque fois. C’est plus souple, notamment si vous prévoyez d’intégrer des investisseurs ou de faire entrer un associé plus tard.
Mais ce mécanisme a un inconvénient concret : les partenaires financiers voient parfois d’un mauvais oeil la possibilité de réduire le capital. Un capital variable peut être perçu comme moins stable, surtout si le plancher fixé est très bas. Dans les faits, je le recommande surtout quand des levées de fonds ou des entrées au capital sont déjà envisagées à court terme.
Capital fixe vs capital variable en SASU
| Critère | Capital fixe | Capital variable |
|---|---|---|
| Modification du capital | Modification statutaire (150-400 €) | Sans formalité si dans la fourchette plancher/plafond |
| Souplesse | Faible (chaque changement = formalités) | Élevée (variations rapides et sans frais) |
| Crédibilité bancaire | Perçu comme stable et engagé | Peut inquiéter si le plancher est trop bas |
| Intégration d’associés | Opération ad hoc à chaque fois | Facilitée si dans la fourchette |
| Recommandé pour | SASU stable, pas de levée prévue | SASU avec entrées au capital anticipées |
L’impact du capital sur la responsabilité de l’associé unique
La SASU est une société à responsabilité limitée. Concrètement, cela signifie que vous n’êtes responsable des dettes de la société qu’à hauteur de votre apport. Si la SASU fait faillite avec 50 000 euros de dettes et que vous avez apporté 5 000 euros de capital, vous ne perdez que vos 5 000 euros (et non votre patrimoine personnel).
Mais attention : cette protection a des limites. Si vous avez accordé une caution personnelle à la banque, ou si une faute de gestion est reconnue, la protection peut être levée. Le capital social ne remplace pas une bonne gestion ni une couverture d’assurance adaptée.
Ce que ça coûte vraiment : Jurixa vs autres options
Avant de parler du montant de capital, parlons du coût de la création elle-même. C’est souvent la question qui arrive en premier dans mon accompagnement.
Combien coûte la création de votre SASU en 2026 ?
| Prestataire | Ce qui est inclus | Coût accompagnement | Frais légaux |
|---|---|---|---|
| Plateformes automatisées (LegalTech) | Formulaire en ligne, statuts modèle type | 99-199 € | ~200 € |
| Jurixa | Statuts sur-mesure, analyse de votre situation, accompagnement humain | à partir de 500 € | ~200 € |
| Expert-comptable / Avocat | Accompagnement complet avec suivi fiscal | 1 000-2 500 € | ~200 € |
Chez Jurixa, je rédige des statuts qui tiennent compte de votre situation concrète : votre régime matrimonial, vos projets de transmission, les clauses spécifiques à votre activité. Ce n’est pas un modèle généré automatiquement par un algorithme. C’est un document pensé pour votre projet.
Une plateforme automatisée génère des statuts à partir d’un modèle standard pour 99 à 199 euros. Pour une activité simple sans enjeux patrimoniaux, ça peut suffire. Mais j’ai régulièrement des clients qui viennent me voir un ou deux ans plus tard parce que leurs statuts ne prévoient pas une clause essentielle, ou parce que le greffe a demandé des précisions qui bloquent une opération urgente.
Un expert-comptable ou un avocat facturera entre 1 000 et 2 500 euros pour une création SASU. Justifié pour des montages complexes avec plusieurs investisseurs ou des questions fiscales très spécifiques. Pour un projet standard, c’est surdimensionné.
Pour la création d’entreprise dans un autre statut (SARL, SAS, EURL, SCI), les mêmes règles s’appliquent : choisissez le bon niveau d’accompagnement pour votre niveau de complexité.
Questions fréquentes
Peut-on modifier le capital social d’une SASU après sa création ?
Oui, à tout moment. Une augmentation de capital permet d’injecter de nouveaux fonds dans la société (utile pour financer une croissance ou renforcer la crédibilité). Une réduction de capital est possible si vous souhaitez récupérer des fonds apportés en excès, sous réserve de respecter les droits des créanciers (procédure d’opposition possible pendant 20 jours). Ces deux opérations nécessitent une décision formelle de l’associé unique, une modification des statuts et une publicité légale.
Faut-il obligatoirement passer par une banque pour déposer le capital ?
Non. Le dépôt peut se faire auprès d’une banque (en ligne ou traditionnelle), d’un notaire ou, sous conditions, d’un prestataire de services d’investissement agréé. En pratique, les banques en ligne spécialisées pour les professionnels (Shine, Qonto, Propulse by CA) sont les plus utilisées en 2026 pour leur rapidité et leurs tarifs compétitifs. Le notaire est souvent choisi quand le capital inclut des apports en nature immobiliers.
Les apports en industrie (compétences) entrent-ils dans le capital social ?
Non. Les apports en industrie, qui correspondent à la mise à disposition de compétences, de savoir-faire ou d’un réseau, ne peuvent pas former le capital social d’une SASU. Ils peuvent en revanche donner lieu à des actions de préférence (actions avec droits spécifiques) ou être rémunérés autrement dans les statuts. C’est un point souvent mal compris, et les statuts doivent le traiter explicitement si vous souhaitez valoriser votre expertise personnelle dans la structure.
Peut-on apporter un bien personnel (ordinateur, véhicule) comme capital social ?
Oui, c’est un apport en nature. Le bien doit être évalué à sa valeur de marché. Si l’apport individuel dépasse 30 000 euros ou si les apports en nature représentent plus de 50 % du capital total, un commissaire aux apports doit obligatoirement évaluer le bien. En dessous de ces seuils, vous pouvez vous en dispenser et assumer la responsabilité de la valorisation pendant 5 ans vis-à-vis des tiers.
Que se passe-t-il si je ne libère pas le solde du capital dans les 5 ans ?
Le code de commerce impose un délai de 5 ans pour libérer le solde des apports en numéraire. En cas de non-respect, la société peut être mise en demeure par tout intéressé (créancier, autre actionnaire dans une SAS multi-associés) de procéder à la libération. Il peut aussi y avoir des conséquences fiscales, notamment la perte du bénéfice du taux réduit d’IS à 15 % si le capital n’est pas entièrement libéré à la clôture de l’exercice.
Pour choisir le bon capital, soyez concret
Fixer son capital social n’est pas une décision purement technique. C’est un signal envoyé au marché et une décision patrimoniale. Trop faible, il fragilise votre crédibilité. Trop élevé, il immobilise des liquidités dont vous aurez peut-être besoin ailleurs.
Dans mon accompagnement chez Jurixa, c’est l’une des premières questions que j’aborde avec chaque fondateur. Parce que bien calibré dès le départ, ce choix évite des modifications statutaires coûteuses six mois plus tard et pose des bases solides pour les premières démarches bancaires et commerciales.
Si vous êtes en train de préparer votre projet, parlez-m’en directement. Je vous aide à structurer votre SASU avec des statuts qui correspondent à votre situation réelle, pas à un modèle standard.