Se mettre à son compte, c’est possible dès aujourd’hui, sans diplôme particulier ni capital de départ dans la majorité des cas. La vraie question n’est pas « puis-je le faire ? » mais « quel statut choisir, et dans quel ordre faire les choses ? ». Dans mon accompagnement, je reçois chaque semaine des porteurs de projet bloqués non pas par leur activité, mais par ce choix initial qu’ils n’arrivent pas à trancher. La bonne nouvelle : c’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît quand on a les bonnes clés.
- Il existe 6 formes principales pour travailler à son compte : micro-entreprise, entrepreneur individuel (EI), EURL, SASU, SAS, SARL. Chacune répond à un profil différent.
- La micro-entreprise est le statut le plus simple à ouvrir (quelques jours via procedures.inpi.fr), mais elle est plafonnée à 83 600 € de CA pour les services et 203 100 € pour la vente.
- Pour un projet avec du chiffre d’affaires élevé, des associés ou un patrimoine à protéger, une société (SASU ou EURL) est plus adaptée.
- Les démarches passent par le guichet unique INPI depuis 2023 : un seul portail pour toutes les formalités.
- L’ACRE (aide à la création) permet de réduire vos cotisations sociales de 25 % la première année, sur demande à l’Urssaf dans les 60 jours.
Pourquoi se mettre à son compte : les vraies raisons (et les vraies contraintes)
Liberté, autonomie, revenus potentiellement plus élevés : les raisons de se lancer sont connues. Ce qui l’est moins, c’est la liste des contraintes réelles que j’observe chez mes clients.
La première : le revenu variable. Les trois premiers mois sont souvent les plus durs. Sans client régulier, sans trésorerie de départ, la pression financière arrive vite. Je recommande toujours d’avoir l’équivalent de trois à six mois de charges personnelles en réserve avant de sauter le pas.
La deuxième : la protection sociale. Un indépendant ne bénéficie pas des mêmes droits qu’un salarié (pas d’indemnités chômage classiques, retraite calculée différemment). Ce n’est pas un obstacle, mais il faut l’anticiper.
La troisième : les formalités. Elles ne sont pas insurmontables, mais elles demandent une organisation rigoureuse.
Autrement dit, se mettre à son compte, ça se prépare. Ce guide vous donne la méthode.
Choisir le bon statut : le cœur du sujet
C’est la question que me posent 80 % des personnes qui me contactent avant même de parler de démarches. Et c’est normal : le choix du statut détermine votre fiscalité, votre protection sociale, votre responsabilité patrimoniale et vos obligations comptables pour les années à venir.
La règle d’or du choix de statut : il n’existe pas de statut universellement meilleur. Il existe le statut le mieux adapté à votre situation : votre activité, votre niveau de chiffre d’affaires prévu, votre situation patrimoniale, et vos projets à 3 ans.
Voici les six grandes options.
La micro-entreprise : le statut de démarrage par excellence
La micro-entreprise (anciennement auto-entrepreneur) est le statut le plus accessible pour se mettre à son compte. Pas de capital à déposer, pas de statuts à rédiger, une déclaration en ligne sur le guichet unique INPI, et vous êtes actif en quelques jours.
Les cotisations sociales sont calculées directement sur votre chiffre d’affaires brut : environ 12 % pour les activités de vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services BIC, et 23,2 % pour les professions libérales BNC. Si vous ne facturez rien, vous ne payez rien.
Les plafonds de CA, fixés par l’article 50-0 du Code général des impôts, sont en 2026 :
- 203 100 € pour la vente de marchandises et la fourniture de logement
- 83 600 € pour les prestations de services et les professions libérales
Au-delà de deux années consécutives de dépassement, vous basculez automatiquement vers un régime réel d’imposition.
L’autre limite : vous ne pouvez pas déduire vos charges réelles. Un consultant qui a un loyer de bureau, des abonnements logiciels et des déplacements paiera des cotisations et des impôts sur son CA brut, même si ses charges représentent 40 % de ce CA. C’est le piège classique que j’explique systématiquement lors de mes premiers rendez-vous.
L’entrepreneur individuel (EI) : la protection du patrimoine personnel
Depuis la loi du 14 février 2022 et l’article L526-22 du Code de commerce, l’entrepreneur individuel bénéficie d’une séparation automatique entre son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel. Vos créanciers professionnels ne peuvent pas saisir votre résidence principale, votre épargne personnelle ou vos biens familiaux, sauf en cas de fraude ou de renonciation expresse.
C’est une évolution majeure que beaucoup ignorent encore. Avant 2022, l’EI classique exposait la totalité du patrimoine personnel aux dettes professionnelles. Ce n’est plus le cas.
L’EI au régime réel (hors micro) permet de déduire vos charges réelles et d’être imposé sur votre bénéfice net. C’est souvent le bon compromis pour une activité avec des charges importantes qui dépasse les plafonds micro, sans vouloir créer une société tout de suite.
SASU et EURL : quand la forme sociale devient nécessaire
La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) et l’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) sont les deux formes de société pour l’entrepreneur solo.
La SASU permet au président de cotiser au régime général des salariés (assurance maladie, retraite, prévoyance identiques à un salarié), en échange de cotisations sociales plus élevées sur la rémunération. L’EURL permet au gérant majoritaire de cotiser au régime des travailleurs non salariés (TNS), avec des cotisations moins élevées mais une protection moindre.
Pour une création d’entreprise en société, la responsabilité est limitée aux apports : vos créanciers professionnels ne peuvent pas aller au-delà du capital social et des biens apportés à la société. C’est particulièrement important si votre activité comporte des risques contractuels ou commerciaux significatifs.
Responsabilité patrimoniale : un critère souvent sous-estimé. Beaucoup de porteurs de projet choisissent la micro-entreprise uniquement pour sa simplicité, sans réaliser que l’EI post-2022 offre désormais une protection similaire. La question n’est pas simplement “facilité d’ouverture” mais “quel est mon niveau d’exposition aux risques professionnels ?”
SAS et SARL : pour se lancer à plusieurs
Si vous avez des associés dès le départ, les formes pluripersonnelles s’imposent. La SAS offre une grande liberté statutaire et convient aux projets avec des investisseurs ou des mécanismes de gouvernance complexes. La SARL est plus encadrée par la loi mais reste très utilisée pour les commerces, les activités artisanales et les projets familiaux.
Les 5 étapes concrètes pour se mettre à son compte
Avant de vous lancer dans les démarches : validez votre idée, estimez votre chiffre d’affaires prévisionnel sur 12 mois, et vérifiez si votre activité est réglementée (artisan, professionnel de santé, agence immobilière, sécurité privée…). Pour certaines activités, un diplôme ou une expérience professionnelle minimale est exigée avant l’immatriculation.
Étape 1 : Choisir le statut adapté à votre situation
Utilisez les critères suivants comme boussole :
- CA annuel prévu < 83 600 € (services) ou < 203 100 € (vente) ET charges réelles faibles → micro-entreprise, idéale pour démarrer
- CA important ou charges réelles significatives, projet solo → EI régime réel ou EURL/SASU
- Vous avez des associés dès le départ → SARL ou SAS
- Vous souhaitez lever des fonds ou ouvrir le capital rapidement → SAS ou SASU
Si vous hésitez encore entre plusieurs statuts, ne passez pas des heures sur des forums. Prenez rendez-vous avec quelqu’un qui peut analyser votre cas réel : votre situation patrimoniale, vos revenus attendus, votre secteur d’activité.
Étape 2 : Immatriculer votre entreprise
Depuis 2023, toutes les formalités de création passent par le guichet unique INPI sur procedures.inpi.fr. Ce portail centralise ce qui nécessitait auparavant de contacter plusieurs organismes (greffe du tribunal de commerce, CFE de la CCI, chambre des métiers…).
Pour une micro-entreprise : le délai est de 24 à 72 heures en moyenne. Pour une société : comptez 5 à 10 jours ouvrés, le temps que le greffe valide le dossier et publie l’extrait Kbis (le document officiel qui prouve l’existence de votre société et qui vous sera demandé par les banques, les clients professionnels, les organismes d’aides).
Pour une société, les démarches incluent :
- La rédaction des statuts
- Le dépôt du capital social auprès d’une banque (même 1 € symbolique pour une SASU, mais je ne le recommande jamais)
- La publication d’une annonce légale dans un journal habilité
- Le dépôt du dossier au greffe via le guichet unique
Étape 3 : Ouvrir un compte bancaire professionnel
Pour une micro-entreprise, un compte bancaire séparé (même un compte courant dédié) est fortement recommandé, même s’il n’est pas obligatoire en dessous de 10 000 € de CA. Pour une société, le compte professionnel est obligatoire dès la création : c’est là que vous déposez le capital social.
Les néobanques professionnelles (Qonto, Shine, Blank…) sont pratiques et peu coûteuses pour démarrer. Les banques traditionnelles restent meilleures pour les lignes de crédit et les relations bancaires à long terme.
Étape 4 : Demander l’ACRE si vous y avez droit
L’ACRE (aide à la création ou à la reprise d’une entreprise) est une exonération partielle de cotisations sociales pendant vos 12 premiers mois d’activité. Depuis le 1er janvier 2026, elle ne s’active plus automatiquement : vous devez en faire la demande à l’Urssaf dans les 60 jours suivant le début de votre activité, sous peine de la perdre définitivement.
Pour les micro-entreprises créées à partir du 1er juillet 2026, le taux d’exonération est de 25 % (contre 50 % avant cette date). Concrètement, vous payez 75 % de vos cotisations normales la première année. C’est confirmé par l’article L131-6-4 du Code de la sécurité sociale, modifié par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
L’ACRE est ouverte à tous les créateurs d’entreprise sans condition particulière, sous réserve de ne pas en avoir bénéficié dans les 3 dernières années. Les bénéficiaires de l’ARE (allocations chômage) peuvent également demander l’ARCE, qui transforme 60 % de leurs droits restants en capital, versé en deux fois.
Étape 5 : Organiser votre comptabilité dès le premier jour
La comptabilité d’un micro-entrepreneur se résume à un registre de recettes tenu au jour le jour et, pour les activités d’achat-revente, un registre des achats. Simple, mais obligatoire.
Pour une société, vous aurez des obligations comptables plus étendues : tenue d’une comptabilité en partie double, dépôt des comptes annuels au greffe, et souvent recours à un expert-comptable. Prévoyez entre 800 et 1 500 € par an pour un expert-comptable sur un dossier de TPE.
Franchise en base de TVA : tant que votre CA reste sous les seuils de franchise (85 000 € pour la vente, 37 500 € pour les services en 2026), vous ne facturez pas la TVA. Pratique pour démarrer, mais attention si vos clients sont majoritairement des entreprises assujetties à la TVA : ils ne pourront pas la récupérer chez vous, ce qui peut vous rendre moins compétitif.
Combien ça coûte réellement de se mettre à son compte ?
C’est la question que je préfère qu’on me pose tôt. Voici les coûts réels selon les formules :
Combien coûte la mise à son compte selon le statut et le prestataire choisi ?
| Statut | Seul / sans accompagnement | Plateforme LegalTech | Jurixa | Expert-comptable / Avocat |
|---|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | Gratuit (guichet unique) | 49-99 € | 50 € | 200-500 € |
| SASU / EURL | Frais légaux seuls (~200 €) | 99-199 € + frais légaux | 500 € + frais légaux (~200 €) | 1 000-2 500 € |
| SARL / SAS | Frais légaux seuls (~200 €) | 99-199 € + frais légaux | 500 € + frais légaux (~200 €) | 1 200-3 000 € |
Les frais légaux incompressibles pour toute société (annonce légale + greffe + INPI) représentent environ 200 € quelle que soit la formule.
Chez Jurixa, je rédige des statuts sur mesure, pas des modèles générés automatiquement. La différence se voit dès que vous avez un partenaire commercial, un bail professionnel à négocier, ou une clause spécifique à inclure sur la gouvernance ou la cession de parts. Une plateforme automatisée ne connaît pas votre situation patrimoniale, votre régime matrimonial ni vos projets à 5 ans. Moi, si.
Les erreurs les plus fréquentes (celles que j’évite à mes clients)
Après avoir accompagné des centaines de créateurs, voici les quatre pièges que je vois revenir systématiquement.
Choisir la micro uniquement pour sa simplicité, sans vérifier les plafonds. Si votre activité monte vite en CA, vous allez vous retrouver à devoir basculer en société en urgence, souvent mal préparé fiscalement. Mieux vaut anticiper.
Négliger la protection sociale. Un indépendant sans couverture prévoyance qui tombe malade peut voir ses revenus s’effondrer du jour au lendemain. Dès que vous dépassez 30 000 € de CA annuel, regardez une prévoyance privée.
Oublier de demander l’ACRE dans les 60 jours. J’insiste sur ce point car c’est une erreur que l’on ne peut pas corriger après coup. La perte d’exonération représente plusieurs centaines d’euros sur l’année.
Laisser tourner une société sans s’occuper de l’approbation des comptes. Chaque année, une SASU ou une EURL doit approuver ses comptes annuels dans les six mois qui suivent la clôture de l’exercice, sous peine de sanctions. C’est une obligation que beaucoup de créateurs solo découvrent trop tard.
Questions fréquentes
Peut-on se mettre à son compte sans quitter son emploi salarié ?
Oui, totalement. Vous pouvez cumuler un emploi salarié et une activité indépendante, sauf si votre contrat de travail contient une clause d’exclusivité ou une clause de non-concurrence. Vérifiez votre contrat avant de démarrer. La micro-entreprise est le statut le plus utilisé pour ce cumul, car elle s’ouvre et se ferme facilement sans frais.
Quel est le meilleur statut pour se mettre à son compte seul ?
Il n’y a pas de réponse universelle. Si vous démarrez avec un CA faible et peu de charges, la micro-entreprise est idéale. Si vous anticipez un CA élevé, des charges importantes ou un risque commercial significatif, l’EURL ou la SASU sera plus adaptée. Consultez un professionnel avant de choisir : le choix du statut a des conséquences fiscales et sociales durables.
Combien de temps faut-il pour se mettre à son compte ?
Pour une micro-entreprise : 24 à 72 heures après déclaration sur le guichet unique INPI. Pour une société (SASU, EURL, SARL) : 5 à 10 jours ouvrés en moyenne, le temps du traitement au greffe. Comptez un peu plus si votre dossier comporte des apports en nature ou des situations particulières.
Faut-il un expert-comptable pour se mettre à son compte ?
En micro-entreprise, non. Un registre de recettes suffit. Pour une société, ce n’est pas légalement obligatoire pour une petite structure, mais je le recommande fortement dès que vous dépassez 50 000 € de CA annuel, pour votre déclaration fiscale et l’approbation des comptes.
Quelles aides financières pour se mettre à son compte en 2026 ?
L’ACRE (exonération de 25 % des cotisations sur 12 mois, sur demande dans les 60 jours), l’ARCE (60 % des allocations chômage restantes en capital pour les bénéficiaires de l’ARE), le prêt d’honneur à taux zéro (3 000 à 50 000 €) via les réseaux Initiative France ou Réseau Entreprendre, et le microcrédit Adie (jusqu’à 12 000 €). Ces aides se cumulent souvent.
Se mettre à son compte, c’est d’abord un choix de statut, puis un enchaînement de démarches administratives, puis une gestion quotidienne qui s’apprivoise. Le premier pas est souvent le plus difficile, non pas parce que les démarches sont complexes, mais parce qu’on ne sait pas par où commencer.
Chez Jurixa, j’accompagne les créateurs de A à Z : du choix du statut à la rédaction des statuts, en passant par l’ouverture du dossier au greffe. Si vous avez un projet en tête, parlons-en.