Le plan de trésorerie prévisionnel est un tableau qui aligne, mois par mois sur les 12 premiers mois, tout l’argent qui entre (encaissements) et tout l’argent qui sort (décaissements), pour calculer le solde de trésorerie cumulé à la fin de chaque mois. Tout est compté en TTC, à la date réelle du mouvement bancaire, pas à la date de la facture. C’est ce document, et lui seul, qui dit si votre compte en banque tient le choc.
La semaine dernière encore, j’accompagnais un porteur de projet persuadé que son affaire était bouclée : marges solides, carnet de commandes plein. Son tableau de trésorerie montrait pourtant un trou de 9 000 € au quatrième mois, simplement parce que ses clients payaient à 45 jours et l’URSSAF à 30. Mon objectif aujourd’hui : vous montrer comment construire ce tableau ligne par ligne, avec un exemple chiffré réaliste, pour que vous ne découvriez jamais ce genre de trou une fois lancé.
À quoi sert vraiment un plan de trésorerie
Un plan de trésorerie répond à une seule question : à la fin de chaque mois, est-ce que je suis dans le vert ou dans le rouge sur mon compte bancaire ? Il ne mesure pas la rentabilité, il mesure la liquidité, c’est-à-dire le cash disponible à l’instant T.
C’est là que beaucoup de créateurs se trompent. On confond souvent trois documents qui n’ont pas du tout le même rôle.
Trois documents prévisionnels à ne pas confondre
| Document | Ce qu’il mesure | Logique | Montants |
|---|---|---|---|
| Compte de résultat prévisionnel | La rentabilité (bénéfice ou perte) | Facturation, à la date de facture | HT |
| Budget prévisionnel | Les produits et charges sur l’année | Engagements de l’année | HT |
| Plan de trésorerie | Le cash sur le compte chaque mois | Encaissement réel, à la date du virement | TTC |
Autrement dit, le compte de résultat vous dit si votre modèle gagne de l’argent. Le plan de trésorerie vous dit si vous pouvez payer vos charges le 15 du mois. Si vous voulez creuser la partie résultat et charges, j’ai détaillé l’approche dans mon article budget prévisionnel exemple, qui raisonne en produits moins charges. Ici, on raisonne en flux de cash.
Une règle simple à garder en tête : le compte de résultat se lit en hors taxes, le plan de trésorerie se lit en TTC. La TVA n’est pas une charge, mais elle transite par votre compte bancaire. Elle doit donc apparaître dans la trésorerie, jamais dans le résultat.
C’est pour cette raison que toute banque vous le réclame à l’appui d’une demande de prêt. Un dossier de création d’entreprise sans plan de trésorerie crédible part avec un sérieux handicap face au conseiller bancaire.
Pourquoi une entreprise rentable peut faire faillite
Voilà le paradoxe que je répète à chaque rendez-vous : on ne fait pas faillite parce qu’on perd de l’argent, on fait faillite parce qu’on n’a plus de cash pour payer à l’échéance. Une entreprise peut afficher un bénéfice comptable et se retrouver en cessation de paiements le même mois.
Trois mécanismes expliquent ce décalage.
Le décalage entre clients et fournisseurs
Vous payez vos fournisseurs et vos salaires aujourd’hui, mais vos clients vous règlent dans 30, 45 ou 60 jours. Pendant ce laps de temps, l’argent est sorti mais n’est pas rentré. Plus vous vendez, plus ce décalage se creuse, ce qu’on appelle parfois l’effet de ciseau de croissance.
Le besoin en fonds de roulement (BFR)
Le BFR, c’est l’argent que votre activité immobilise en permanence pour fonctionner. La formule de base : BFR = stocks + créances clients − dettes fournisseurs. Concrètement, c’est le matelas de cash que vous devez avancer pour faire tourner l’affaire avant d’être payé. Un commerce avec stock et clients qui paient à 60 jours a un BFR lourd ; un consultant payé comptant a un BFR quasi nul.
La TVA à décaisser
Si vous êtes au régime réel de TVA, vous collectez la TVA sur vos ventes et vous la reversez à l’État. Entre le moment où vous l’encaissez de vos clients et le moment où vous la reversez, elle dort sur votre compte. Beaucoup de dirigeants la dépensent sans le vouloir, puis se retrouvent à sec le jour de l’échéance fiscale. La TVA collectée n’est jamais à vous : c’est de l’argent en transit.
Si votre chiffre d’affaires reste sous les seuils de franchise en base de TVA (85 000 € pour les ventes, 37 500 € pour les prestations de services, seuils inchangés pour 2026 selon service-public.fr), vous ne facturez pas la TVA et cette ligne disparaît du plan de trésorerie. Au-delà, ou sur option, la TVA à décaisser devient une ligne décisive.
J’ai vu plus d’un dossier solide sur le papier vaciller pour cette seule raison. Dans mon accompagnement, je passe toujours du temps sur ces décalages, parce que c’est exactement là que se joue la survie des douze premiers mois.
Construire le tableau ligne par ligne sur 12 mois
Un plan de trésorerie tient sur trois blocs : les encaissements, les décaissements, puis le calcul du solde. Voici comment je le construis avec les porteurs de projet.
Les encaissements (tout ce qui rentre, en TTC)
Ce sont les entrées d’argent réelles sur le compte. À ne pas oublier :
- Le chiffre d’affaires encaissé TTC, positionné au mois du paiement réel (pas de la facture)
- Les apports en capital et apports en compte courant d’associé
- Le déblocage du prêt bancaire et les éventuelles subventions
- Le remboursement de crédit de TVA, le cas échéant
Les décaissements (tout ce qui sort, en TTC)
Toutes les sorties, à la date du prélèvement ou du virement :
- Les achats et frais généraux TTC (loyer, fournisseurs, assurances, abonnements)
- Les salaires nets et les charges sociales (URSSAF, retraite)
- Les investissements et l’achat de matériel
- Les échéances de remboursement d’emprunt et la TVA à décaisser
Le solde, le cœur du tableau
Pour chaque mois, on calcule trois lignes :
Solde du mois
total encaissements du mois moins total décaissements du mois.
Solde de début de mois
il reprend le solde cumulé de fin du mois précédent.
Solde de fin de mois (cumulé)
solde de début de mois plus solde du mois. C’est cette ligne qui ne doit jamais passer durablement en négatif.
Réglez d’abord vos délais de paiement client et fournisseur, puis seulement remplissez les colonnes. Un même chiffre d’affaires encaissé à 30 jours ou à 60 jours donne deux plans de trésorerie radicalement différents. C’est le réglage le plus important, et le plus souvent bâclé.
Un exemple chiffré mois par mois
Prenons un cas concret : une jeune société de prestation de services, lancée avec 8 000 € d’apport et un prêt bancaire de 15 000 € débloqué au mois 1. Les clients paient à 30 jours, donc le chiffre d’affaires du mois est encaissé le mois suivant. Montants en euros TTC, arrondis.
Plan de trésorerie prévisionnel, 6 premiers mois (en € TTC)
| Ligne | M1 | M2 | M3 | M4 | M5 | M6 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Apport + prêt | 23 000 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| CA encaissé (à 30 j) | 0 | 4 000 | 6 000 | 7 000 | 9 000 | 11 000 |
| Total encaissements | 23 000 | 4 000 | 6 000 | 7 000 | 9 000 | 11 000 |
| Investissement matériel | 6 000 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Achats + frais généraux | 3 500 | 3 500 | 3 800 | 4 000 | 4 200 | 4 500 |
| Salaires + charges | 2 500 | 2 500 | 2 500 | 3 000 | 3 000 | 3 500 |
| Remboursement prêt | 280 | 280 | 280 | 280 | 280 | 280 |
| TVA à décaisser | 0 | 0 | 700 | 800 | 900 | 1 100 |
| Total décaissements | 12 280 | 6 280 | 7 280 | 8 080 | 8 380 | 9 380 |
| Solde du mois | 10 720 | −2 280 | −1 280 | −1 080 | 620 | 1 620 |
| Solde cumulé (fin de mois) | 10 720 | 8 440 | 7 160 | 6 080 | 6 700 | 8 320 |
Que lit-on ? Les mois 2 à 4 sont négatifs sur le solde du mois : l’entreprise consomme plus qu’elle n’encaisse, parce que le chiffre d’affaires rentre avec un mois de retard pendant que les charges, elles, tombent tout de suite. Le matelas de départ (apport + prêt) absorbe ce creux. Sans ces 23 000 € injectés au mois 1, le solde cumulé serait passé en négatif dès le mois 3. C’est précisément le rôle du plan de trésorerie : chiffrer le matelas nécessaire avant de se lancer.
Et si les clients payaient à 60 jours au lieu de 30 ? Le creux des mois 2 à 4 se creuserait d’environ 6 000 à 8 000 € supplémentaires, et le matelas de départ deviendrait insuffisant. Un seul paramètre, le délai de paiement, fait basculer un projet viable dans le rouge.
L’impact du BFR et des délais de paiement
Le délai de paiement n’est pas un détail administratif, c’est le levier numéro un de votre trésorerie. Chaque jour de délai accordé à un client est un jour où vous financez son achat à sa place.
Dans mon accompagnement, je teste systématiquement plusieurs scénarios de délais avant de figer le plan. Un porteur de projet que j’accompagne cette année voulait offrir 60 jours de paiement à tous ses clients pour décrocher des contrats. Sur le tableau, ce geste commercial creusait un besoin de financement de 14 000 € sur le premier semestre. Nous avons revu sa politique : acompte de 30 % à la commande, solde à 30 jours. Le besoin est retombé sous 5 000 €, sans rien changer à son chiffre d’affaires.
Le délai de paiement de droit commun entre professionnels est plafonné à 60 jours à compter de l’émission de la facture (ou 45 jours fin de mois sur convention), comme le rappelle economie.gouv.fr. Vous pouvez toujours négocier plus court à votre avantage, jamais plus long que ce plafond.
Réduire le BFR repose sur trois réglages : encaisser plus vite (acomptes, paiement comptant), payer ses fournisseurs un peu plus tard quand c’est négociable, et limiter le stock immobilisé. Sur ces trois leviers, c’est le délai client qui pèse le plus lourd pour une jeune entreprise.
Que faire quand la trésorerie passe en négatif
Vous avez rempli le tableau, et un ou plusieurs mois affichent un solde cumulé négatif. C’est une bonne nouvelle : vous l’avez vu avant la banque, et avant le créateur d’à côté qui découvrira le problème en vrai. Voici les leviers, du plus structurant au plus ponctuel.
- Renforcer les apports : capital ou apport en compte courant d’associé, pour augmenter le matelas de départ
- Revoir le plan de financement : un prêt un peu plus élevé ou plus long lisse les échéances
- Négocier un découvert autorisé ou une facilité de caisse avec la banque, pour les trous courts
- Mobiliser les créances clients : affacturage, escompte, cession Dailly, pour transformer une facture en cash immédiat
- Décaler certains investissements non urgents au moment où la trésorerie se sera reconstituée
Un trou ponctuel d’un ou deux mois se règle souvent par un simple découvert autorisé négocié à l’avance. Un trou qui dure plusieurs mois signale un problème de structure : il faut revoir le modèle ou les apports, pas tenir avec des rallonges bancaires. Le tableau vous dit lequel des deux vous avez sous les yeux.
Chez Jurixa, je ne fais pas de comptabilité et je ne tiens pas vos comptes. En revanche, quand je structure une création SASU ou une création SARL, je m’assure que le projet est cadré, que le statut choisi colle au modèle économique et que les apports prévus tiennent face au plan de trésorerie. Le chiffrage fin du prévisionnel, je le construis avec vous et, le cas échéant, avec votre futur expert-comptable.
Combien coûte un accompagnement à la création
Le plan de trésorerie n’est qu’une pièce du dossier de création. Reste le choix du statut, la rédaction des statuts, le dépôt du capital et les formalités. Sur ce terrain, trois approches existent.
Accompagnement à la création d'entreprise (hors frais légaux)
| Solution | Tarif indicatif | Ce que vous obtenez |
|---|---|---|
| Plateformes automatisées | 99 à 199 € + frais | Statuts génériques, aucune adaptation à votre situation |
| Jurixa | à partir de 500 € + frais (~200 €) | Statuts sur-mesure, analyse de votre projet et de vos apports |
| Expert-comptable ou avocat | 1 000 à 3 000 € | Justifié pour les montages complexes, surdimensionné sinon |
Les plateformes automatisées vous font remplir un formulaire et génèrent des statuts standards. Ni votre régime matrimonial, ni un projet immobilier, ni la présence de plusieurs associés, ni votre situation fiscale ne sont réellement pris en compte. À l’autre extrême, un expert-comptable ou un avocat à 1 000 ou 3 000 € se justifie pour une holding ou un montage patrimonial complexe, mais reste surdimensionné pour neuf projets de création sur dix.
Ma position se situe entre les deux : à partir de 500 €, je rédige des statuts sur-mesure après avoir analysé votre projet, vos apports et la cohérence du tout avec votre prévisionnel. Les frais légaux (annonce légale autour de 190 €, greffe autour de 70 €) s’ajoutent à ce tarif, comme partout. Pour une formalité ponctuelle isolée, mon intervention démarre à partir de 200 €.
Questions fréquentes sur le plan de trésorerie prévisionnel
Quelle différence entre plan de trésorerie et compte de résultat prévisionnel ?
Le compte de résultat prévisionnel mesure la rentabilité : il compare les produits et les charges en hors taxes, à la date de facturation, pour dire si vous gagnez de l’argent. Le plan de trésorerie mesure la liquidité : il suit les encaissements et décaissements réels en TTC, mois par mois, pour dire si votre compte en banque reste positif. Une entreprise peut être rentable au compte de résultat et en manque de cash au plan de trésorerie, à cause des décalages de paiement.
Sur combien de mois faut-il faire un plan de trésorerie ?
La bonne pratique pour une création est de le construire sur les 12 premiers mois, mois par mois. C’est la période la plus risquée, où les encaissements démarrent doucement pendant que les charges tombent dès le premier jour. Certaines banques demandent un plan sur 3 ans, mais le détail mensuel reste indispensable sur la première année.
Faut-il compter la TVA dans le plan de trésorerie ?
Oui, contrairement au compte de résultat. Si vous êtes assujetti à la TVA, vous raisonnez en TTC : vous encaissez la TVA de vos clients, vous payez la TVA sur vos achats, et vous reversez la différence à l’État à l’échéance. Cette TVA à décaisser est une ligne de sortie à part entière. Si vous bénéficiez de la franchise en base, cette ligne n’existe pas.
Que faire si mon plan de trésorerie est négatif un ou deux mois ?
Un solde cumulé négatif sur un ou deux mois isolés se traite souvent par un découvert autorisé négocié à l’avance avec la banque, ou par un acompte client. Si le négatif s’installe sur plusieurs mois, c’est un signal structurel : il faut renforcer les apports, revoir le plan de financement ou ajuster le modèle économique. L’intérêt du prévisionnel est justement de repérer le problème avant le lancement.
Le plan de trésorerie est-il obligatoire pour obtenir un prêt ?
Aucun texte ne le rend obligatoire, mais en pratique aucune banque n’instruit une demande de financement de création sans plan de trésorerie crédible. C’est le document qui prouve au conseiller bancaire que vous avez anticipé les décalages et chiffré votre besoin réel. Un dossier sans ce tableau est presque toujours renvoyé.
En résumé
Le plan de trésorerie prévisionnel, c’est le document qui m’a évité de voir des projets pourtant sains se planter dans les six premiers mois. Il ne dit pas si votre idée est bonne, il dit si votre compte en banque tiendra le rythme des décalages entre ce que vous encaissez et ce que vous décaissez. Construisez-le en TTC, mois par mois, en réglant d’abord vos délais de paiement, et vous saurez exactement quel matelas de départ prévoir.
Si vous lancez votre activité et que vous voulez un projet cadré du premier coup, statut adapté, statuts sur-mesure et apports cohérents avec votre prévisionnel, je vous accompagne de bout en bout, sans modèle générique.