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Peut-on créer une holding seul ? Oui, voici comment

Sandrine Chiorozas · · 11 min de lecture
peut on créer une holding seul

Oui, créer une holding seul est tout à fait possible : il suffit de constituer une SASU ou une EURL qui détiendra les titres d’une ou plusieurs filiales. Aucune règle n’impose d’être plusieurs associés pour monter une société mère. Dans mon accompagnement, près d’un projet de holding sur deux est porté par une seule personne, souvent un dirigeant qui veut réorganiser ce qu’il a déjà construit. La confusion vient du mot “holding”, qui évoque les grands groupes. En réalité, c’est une mécanique accessible à un entrepreneur isolé. Je vous explique comment la monter, ce qu’elle vous apporte concrètement, et les points de vigilance que je vérifie systématiquement avant de lancer la création.

Une holding seul, c’est juste une société mère à un seul associé

Une société holding n’est pas une forme juridique en soi. C’est une fonction : détenir et gérer des titres de participation dans d’autres sociétés, qu’on appelle les filiales. Vous pouvez donc loger cette fonction dans n’importe quelle société commerciale, y compris une société unipersonnelle.

Concrètement, quand vous créez une holding seul, vous constituez une société dont vous êtes l’unique associé, et cette société devient propriétaire des parts ou actions d’autres entreprises. La SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) et l’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) sont les deux candidates naturelles, parce qu’elles sont précisément conçues pour fonctionner avec un associé unique.

L’an dernier, j’ai accompagné un consultant qui avait deux activités très différentes dans la même structure. Il voulait les séparer sans s’associer à qui que ce soit. On a monté une holding SASU dont il était seul maître à bord, et placé chaque activité dans une filiale dédiée. Il n’a jamais eu besoin d’un second associé.

Aucune obligation d’être plusieurs. Ni la SASU ni l’EURL n’exigent un second associé. Vous détenez 100 % du capital, vous prenez seul les décisions, et votre société peut détenir des participations dans autant de filiales que vous le souhaitez. La holding unipersonnelle est une structure parfaitement régulière.

Holding SASU ou holding EURL : comment je tranche

Le choix entre ces deux formes ne change presque rien à la fiscalité de la holding elle-même, mais il change beaucoup le quotidien du dirigeant. Voici comment je raisonne avec mes clients.

La SASU offre une grande liberté de rédaction des statuts. Son président relève du régime général de la sécurité sociale (assimilé salarié), ce qui veut dire pas de cotisations sur les dividendes qu’il se verse en tant qu’associé. C’est la forme que je recommande le plus souvent pour une holding “patrimoniale”, dont la vocation est de faire remonter et capitaliser des dividendes.

L’EURL, héritière de la SARL, est un peu plus encadrée dans son fonctionnement mais reste simple. Son gérant associé unique est travailleur non salarié (TNS), avec des cotisations sociales généralement plus légères sur la rémunération, mais des dividendes qui peuvent être soumis à cotisations au-delà d’un certain seuil. Elle convient bien quand le dirigeant se verse une vraie rémunération de gestion.

Holding SASU vs holding EURL pour un associé unique

CritèreHolding SASUHolding EURL
Associé uniqueOuiOui
Capital minimum1 €1 €
Statut du dirigeantPrésident assimilé salariéGérant TNS
Cotisations sur dividendesNonPossible au-delà de 10 % du capital
Souplesse des statutsTrès grandeEncadrée (proche SARL)
Imposition par défautImpôt sur les sociétésImpôt sur les sociétés
Profil adaptéHolding de capitalisationHolding avec rémunération de gestion

Je précise un point qui revient souvent : ces deux formes sont par défaut à l’impôt sur les sociétés, et c’est exactement ce qu’il vous faut pour une holding. Le régime mère-fille, qui fait tout l’intérêt fiscal du montage, suppose une société soumise à l’IS. Si vous voulez creuser le sujet du statut, je l’ai détaillé dans le cadre d’une création SASU comme d’une création EURL.

Comment créer concrètement une holding seul, étape par étape

La création d’une holding unipersonnelle suit le parcours d’une société classique, avec une attention particulière sur l’objet social et la manière dont vous y faites entrer les titres.

Voici le déroulé que je suis dans mon accompagnement :

  1. Rédiger les statuts en mentionnant clairement la gestion de participations dans l’objet social, et le cas échéant l’activité d’animation du groupe.
  2. Fixer le capital social : 1 € suffit en droit, mais je conseille un montant plus crédible quand la holding va emprunter ou apporter des titres valorisés.
  3. Domicilier le siège et déposer le capital sur un compte au nom de la société.
  4. Publier l’annonce légale de constitution, puis déposer le dossier d’immatriculation sur le guichet unique de l’INPI.

Une fois le Kbis obtenu, vient l’étape qui distingue une holding d’une société ordinaire : faire entrer les titres des filiales. Deux voies existent. Soit la holding crée ou rachète les parts d’une filiale avec sa trésorerie. Soit vous apportez à la holding les titres d’une société que vous détenez déjà, en échange de titres de la holding. Cet apport de titres est un moment technique, parce qu’il déclenche des conséquences fiscales que je vérifie toujours en amont.

L’objet social n’est pas un détail. Si vous voulez facturer des prestations à vos filiales (les fameux management fees) ou animer activement le groupe, l’objet social doit le prévoir dès le départ. Le rajouter après coup oblige à modifier les statuts, avec une nouvelle annonce légale. Autant le caler correctement à la création.

1 €
Capital social minimum pour une holding en SASU ou EURL
economie.gouv.fr

Ce que la holding vous apporte vraiment, même seul

C’est la vraie question. Pourquoi se compliquer la vie avec une structure de plus quand on est seul ? Parce qu’une holding bien construite rend des services que votre société d’exploitation ne peut pas rendre.

Faire remonter les dividendes presque sans frottement fiscal

C’est l’intérêt le plus connu et le plus puissant. Quand une filiale verse des dividendes à la holding, le régime mère-fille permet d’exonérer ces dividendes à hauteur de 95 %. Seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposée à l’impôt sur les sociétés au niveau de la holding. Sur 100 000 € de dividendes remontés, seuls 5 000 € entrent dans l’assiette imposable de la mère.

Ce régime suppose deux conditions que je rappelle toujours : détenir au moins 5 % du capital de la filiale, et conserver les titres pendant au moins 2 ans. Ces règles figurent aux articles 145 et 216 du Code général des impôts, que vous pouvez consulter directement sur Légifrance : article 145 du CGI et article 216 du CGI.

95 %
Part des dividendes exonérée d'impôt grâce au régime mère-fille
Articles 145 et 216 du CGI

Réinvestir l’argent là où il travaille

Sans holding, si vous voulez sortir l’argent de votre société pour le réinvestir ailleurs, vous le faites remonter dans votre poche personnelle, vous payez la flat tax, et vous réinvestissez avec ce qui reste. Avec une holding, les dividendes remontent quasi nets d’impôt et restent disponibles au niveau de la société mère pour racheter une autre entreprise, financer une filiale, ou acquérir un bien. L’argent reste dans la sphère professionnelle, où il garde toute sa puissance.

J’ai un client qui a utilisé exactement ce mécanisme : sa première société dégageait du cash, il l’a fait remonter dans sa holding, et la holding a servi à racheter une seconde activité. Seul, sans associé, sans toucher à son patrimoine personnel.

Préparer la transmission

Une holding facilite aussi la transmission de votre entreprise, que ce soit à vos enfants ou à un repreneur. En logeant vos titres dans une société mère, vous pouvez organiser progressivement le passage de relais, et combiner ce montage avec un pacte Dutreil, dispositif qui allège fortement la fiscalité de transmission sous conditions d’engagement de conservation. C’est un sujet à part entière, mais sachez que la holding est souvent la première brique d’une transmission bien préparée.

Les limites et les vigilances que je ne laisse jamais passer

Créer une holding seul est facile sur le papier. Mais une holding mal pensée se retourne contre vous. Voici ce que je surveille.

La substance avant tout

Une holding ne doit pas être une coquille vide. L’administration fiscale regarde si la structure a une réalité : une activité de gestion, des décisions effectives, des comptes tenus, parfois des prestations rendues aux filiales. Une holding créée uniquement pour empiler des titres sans aucune vie peut être requalifiée. La holding n’est pas un tour de passe-passe pour échapper à l’impôt, c’est un outil de structuration qui doit avoir un sens économique.

Holding passive ou holding animatrice

On distingue la holding “passive”, qui se contente de détenir des titres, et la holding “animatrice”, qui participe activement à la conduite de la politique du groupe et rend des services à ses filiales. La distinction est loin d’être théorique : la qualité de holding animatrice conditionne l’accès à plusieurs avantages fiscaux, notamment certaines exonérations de transmission. Si vous visez ces avantages, l’animation doit être réelle et documentée, avec par exemple une convention de prestations de services entre la holding et ses filiales.

L’animation se prouve, elle ne se déclare pas. Affirmer dans les statuts que votre holding est animatrice ne suffit pas. Il faut des actes concrets : conventions de prestations, comptes rendus de décisions stratégiques, facturation effective de management fees. C’est l’un des points où je vois le plus d’entrepreneurs se faire reprendre lors d’un contrôle.

L’apport de titres et le report d’imposition

Si vous apportez à votre holding les titres d’une société que vous détenez déjà, et que cet apport dégage une plus-value, un report d’imposition peut s’appliquer lorsque la holding est contrôlée par l’apporteur. Ce report, encadré par l’article 150-0 B ter du CGI, suppose le respect de conditions précises. Attention : si la holding revend les titres apportés moins de trois ans après l’apport, elle doit réinvestir une part importante du produit de cession dans une activité économique pour conserver le report. La loi de finances pour 2026 a relevé ce seuil de remploi de 60 % à 70 % pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026, comme l’explique la Revue Fiduciaire. C’est précisément le genre de mécanique où une erreur de timing coûte cher.

La complexité administrative

Une holding, c’est une société de plus. Donc des comptes annuels supplémentaires, des obligations déclaratives, parfois une convention de trésorerie si vous faites circuler de l’argent entre les sociétés du groupe. Pour une seule petite filiale qui ne distribue rien, le jeu peut ne pas en valoir la chandelle. Je le dis franchement à mes clients quand leur projet ne justifie pas encore une holding.

70 %
Part du prix de cession à réinvestir après apport de titres (cessions depuis le 21/02/2026)
Loi de finances 2026 — art. 150-0 B ter CGI

Questions fréquentes

Faut-il un capital minimum pour créer une holding seul ?

Non, le capital minimum est de 1 € en SASU comme en EURL. En pratique, je recommande un montant plus consistant dès lors que la holding va emprunter pour racheter une société ou recevoir l’apport de titres déjà valorisés, car un capital crédible facilite les relations avec les banques et donne de la solidité au montage.

Une holding unipersonnelle peut-elle détenir plusieurs filiales ?

Oui, sans limite. Votre holding SASU ou EURL peut détenir des participations dans autant de sociétés que vous le souhaitez, qu’il s’agisse de filiales que vous créez ou de sociétés que vous rachetez. C’est même l’un des grands intérêts de la structure : centraliser dans une seule société mère la détention de plusieurs activités.

Peut-on transformer sa société actuelle en holding ?

On ne transforme pas vraiment une société d’exploitation en holding du jour au lendemain. Le schéma habituel consiste à créer une nouvelle holding, puis à lui apporter les titres de votre société existante. Votre société d’origine devient alors une filiale, et la holding la coiffe. Cet apport de titres mérite d’être préparé avec soin à cause de ses conséquences fiscales.

La holding permet-elle vraiment de payer moins d’impôt ?

Elle permet surtout de différer et d’optimiser, pas d’échapper à l’impôt. Le régime mère-fille évite la double imposition des dividendes qui remontent, et le réinvestissement au niveau de la holding préserve la puissance de votre trésorerie professionnelle. Mais ce n’est jamais un montage pour ne rien payer : l’impôt finit par s’appliquer, notamment le jour où vous sortez l’argent à titre personnel.

SASU ou EURL, laquelle choisir pour ma holding ?

Tout dépend de votre projet. Pour une holding de capitalisation où vous ne vous versez pas de salaire, la SASU est souvent plus efficace car les dividendes échappent aux cotisations sociales. Pour une holding où vous tirez une rémunération de gestion régulière, l’EURL avec son régime TNS peut alléger les charges. Je tranche au cas par cas selon votre situation personnelle.

Mon mot de la fin

Créer une holding seul n’a rien d’exceptionnel ni de réservé aux grands groupes. C’est un outil de structuration accessible dès qu’on détient ou prévoit de détenir plusieurs activités, ou qu’on veut faire remonter et réinvestir intelligemment sa trésorerie. La vraie question n’est jamais “est-ce possible ?”, puisque la réponse est oui. La vraie question, c’est “est-ce que mon projet le justifie aujourd’hui, et sous quelle forme ?”. C’est exactement ce que je vérifie avant de monter quoi que ce soit : je regarde ce que vous détenez, ce que vous voulez faire dans cinq ans, et je construis la structure qui sert ce projet sans le surcharger. Une holding bien posée travaille pour vous pendant des années. Une holding montée à la va-vite devient un boulet administratif. Si vous hésitez sur l’opportunité ou la forme, parlons-en avant de vous lancer.

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Sandrine Chiorozas, experte en création d'entreprise

Sandrine Chiorozas

Diplômée notaire et droit des affaires — 20 ans d'expérience

Double compétence en droit des affaires et droit notarial, Sandrine accompagne les entrepreneurs dans toutes les étapes de la vie de leur société. Chaque article est rédigé avec rigueur et vérifié auprès des sources officielles.

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